La Marquise.—Mais après une nuit pareille, à moins d'avoir le diable au corps, peut-on être tourmenté de cette force?
La Comtesse.—Qu'est-ce que trois fois, pour certaines gens! Voyons la suite.
La Marquise, lit.—«Il était déjà tard, l'église est peu fréquentée, il s'y croyait absolument seul. Cependant, une bigote qu'on n'avait point aperçue, sentant sa conscience inquiétée de quelque peccadille, a cru trouver une belle occasion de se purifier, en prenant au bond le prêtre qui venait de célébrer… Elle est donc venue, comme un chat, vers la sacristie: on était au fort de la besogne…»
La Comtesse.—Belle vision pour une béate.
La Marquise, lisant.—«A l'instant M. Boujaron, furieux, a voulu se ruer sur la dévote et la mettre à mal aussi, pour s'assurer du secret; mais elle a jeté les hauts cris; le petit bonhomme s'est enfui, sa culotte encore rabattue; un bedeau, qui survenait, l'a arrêté. Il a tout déclaré. Deux passants appelés, et le bedeau se jetant dans la sacristie, ont surpris M. l'abbé qui (la tête perdue apparemment) jetait au cou de la dévote les cordons du vêtement sacerdotal. On l'a délivrée de ses mains. L'abbé, porteur de deux pistolets, a voulu se faire ouvrir la sacristie que le bedeau fermait à la clef… De ses deux coups, il a manqué les deux hommes avec lesquels il restait…»
La Comtesse.—Voilà, certes, un joli petit monsieur!
La Marquise, lisant.—«Le troisième personnage allait pendant ce temps-là chercher main forte. Bref, M. l'abbé a été saisi, lié et jeté dans un fiacre pour être conduit en prison. Je me trouvais par hasard dans le quartier, tandis que tout cela se passait. Je m'étais donc mêlé parmi la foule, et j'avais tout appris. Comme j'entendais dire que le prisonnier était tombé dans une espèce de délire et vomisssait, avec mille imprécations, des atrocités qui pouvaient compromettre nombre d'honnêtes gens, j'ai profité des relations que je me trouve avoir avec quelques-uns de ceux qui le conduisaient, et j'ai suivi…»
La Comtesse, interrompant.—M. Bricon est bien faufilé, ce me semble!
La Marquise, lisant.—«M. Boujaron s'est enfin évanoui dans le fiacre; cet état ayant rendu nécessaire qu'on lui fît boire quelque chose, je me suis mêlé, avec beaucoup d'autres, de ce service, et pour en rendre un bien plus important à tous les intéressés aussi bien qu'au criminel lui-même, j'ai mis subtilement une drogue dans sa boisson. Il vient d'expirer. Comme ce breuvage a passé par plusieurs mains, je ne pense pas qu'on me soupçonne plutôt qu'un autre, ni même qu'on recherche l'auteur de ce salutaire attentat; mais, comme tout peut se découvrir, je crois nécessaire, madame, de m'éloigner pour quelque temps; et pour cela, je vous prie de m'aider de votre secours, auquel j'ai d'autant plus de droit que le nom de M. le Marquis et le vôtre ont été le signal du juste ressentiment qui m'a fait violer les droits sacrés de la nature, et de l'amitié. Vous allez me sauver ou me perdre… Craignez de mal choisir… J'ai, etc.» Craignez de mal choisir! cela est souligné! une menace! Que pensez-vous de tout cela?
La Comtesse.—En premier lieu, qu'il est très heureux pour tout le monde que le monstrueux Napolitain ne vive plus… Ensuite…