La Marquise, souriant.—Voilà qui est à merveille. Mais si nous nous jetons comme cela dans les égarées, jamais la lecture ne finira.

Le Comte, lui baisant la main.—J'ai tort. (Il lit.) «Neuvième couple: M. le bailli de Fousept; Mme la Comtesse d'Ogreval. Note. Le bailli, à la vérité quoique approchant la cinquantaine, va bien quand il s'y met; mais cela ne lui arrive qu'une fois par semaine: c'est aujourd'hui son jour. Mme d'Ogreval, qu'il entretient, n'observe pas le même régime; le jour de travail de son ami est un de repos pour elle. Ils se mettent réciproquement la bride sur le cou pour cette nuit, où probablement Mme d'Ogreval fera des siennes.

»Dixième couple: le chevalier de Saint-Bernard; Mme Durut. Note. Cousin et cousine. Le cavalier, entre nous, est un moine en dignité qui garde l'incognito, sa parente, le chef-d'œuvre de l'embonpoint, est une délicieuse bourgeoise, veuve d'un négociant avare et millionnaire. Comme elle fait en tout l'opposé de son mari, elle met actuellement autant d'activité à dissiper le trésor que l'harpagon en mit à l'amasser. Sa fureur, est de faire la grande dame et la protectrice des talents. Elle soudoie deux abbés, beaux esprits, un violon de l'Opéra, un peintre en galanteries, et, sous main, elle soutient bon an mal an, dans Paris, quatre ou cinq gardes du corps[73].

[73] Mme Durut devait plus tard jouer un rôle important dans l'Ordre des Aphrodites.

La Marquise.—Cette femme pourra bien mourir à l'hôpital.

Le Comte, lit.—«Onzième couple: M. Cazzoforté; Mme de Brisamants. Note. C'est un arrangement fait d'hier. L'Italien a les vertus et les allures d'un crocheteur; je lui ai lâché cette bacchante pour l'assouplir.»

La Comtesse.—On pourra lui donner ce soir une petite leçon.

Le Comte, lit.—«Douzième couple: le commandeur Pottamico; Mlle de Pinamour. Note. Nouvel arrangement encore. Gens délicats; petits besoins, petits plaisirs, filés et rares…»

La Marquise.—Ces gens là seront bien déplacés ce soir! Ils m'affadissent! Passez.

Le Comte, lit.—«Treizième couple: V. Vanhuren; Mme de Foutencour.» (Parlé) Encore une de mes connaissances. Note. Vanhuren est un laid et lourd Hollandais qu'ont enrichi trois grosses banqueroutes; par goût, il n'aime que le dernier ordre des coquines, mais comme il s'est mis en tête de faire agréer par notre gouvernement je ne sais quel plan de manufacture, il a désiré de connaître quelque intrigante, capable d'appuyer son projet. A cet effet, je l'ai arrangé avec cette brûlante haridelle de Foutencour, aux grands airs, à la langue dorée, et qui, pour avoir violé, par-ci, par-là quelques jeunes présentés, croit tenir à tout. Son véritable crédit pourtant, porte sur les sous-ordres et valets de Versailles, dont il n'est aucun qui ne le sache par cœur, l'ayant, eue à leurs trousses depuis dix ans, pour mille sollicitations, sur le succès desquelles elle ne refusera jamais des acomptes, sauf à faire des ingrats et à tromper l'espoir de ses commettants…»