La Duchesse, avec aigreur.—Ah! c'est mon Alfonse! Ces gens ont la fureur de se donner des noms… Eh! madame Durut, pourquoi votre neveu ne se nomme-t-il pas tout uniment Nicolas, Claude, François? Voilà ce qui convient tout à fait à des gens de votre étoffe.
Madame Durut, un peu piquée.—Vous verrez que je ferai débaptiser mon neveu pour entourer ses patrons au gré de votre vanité! quoi qu'il en soit, voyez-le; qu'il se nomme Alfonse ou Nicolas, c'est un charmant garçon; je n'en rabattrais pas une épingle. Souffrez que j'aie l'honneur de vous servir au déshabiller, et qu'ensuite…
La duchesse, sans dire oui ni non, va du côté de son bain; Mme Durut suit et la déshabille; tout cela se passe en silence.
La Duchesse.—Quelque livre…
Madame Durut.—De quel genre, madame?
La Duchesse, avec humeur.—Autre bêtise! Du genre que j'aime apparemment.
Madame Durut.—Ah! j'entends. (Elle disparaît un instant, et revient deux volumes à la main.) Voici Ma conversion, du célèbre Mirabeau et le Petit-fils d'Hercule.
La Duchesse.—Quant au premier ouvrage, je l'aimais assez avant cette exécrable révolution, à laquelle l'auteur a tant pris de part, mais un renégat destructeur de la noblesse et des titres ne mérite plus que ses victimes daignent sourire à ses gaîtés. Donnez-moi le Petit-fils d'Hercule.
Madame Durut.—Le voilà… Par exemple, ce serait le cas… Mon neveu lit comme un ange.
La Duchesse.—Elle a le diable au corps avec son neveu! J'aurais bien plutôt fait de céder à cette présentation que de chercher à m'y soustraire. Allons, voyons donc M. Alfonse; que j'aie le rare avantage de faire connaissance avec M. Alfonse Durut!