Madame Durut, avec un peu de mystère, l'arrête et lui dit à voix basse.—Si madame voulait permettre, je lui offrirais pour aujourd'hui le service d'un nouveau venu…

La Duchesse.—De quel sot encore?

Madame Durut, saluant.—C'est mon neveu; il est tout neuf, à la vérité, peu au fait du service des bains; j'ose cependant me flatter qu'il contenterait madame.

La Duchesse.—Cela a-t-il un peu de figure, de tournure?

Madame Durut.—Il n'est pas mal. Au reste, il arrive de province ce matin, et la fatigue du voyage fait un peu de tort à ses agréments naturels… mais…

La Duchesse, avec impatience.—En voilà dix fois de trop! (Avec ironie.) Les agréments naturels du neveu de Mme Durut, voilà de l'intéressant au moins! Pauvre petit enfant gâté! Monsieur votre neveu, délicieux personnage, a fait une longue course? Il est fatigué? Eh bien! Madame Durut, qu'il se délasse, et recouvre à loisir ses agréments naturels.

Madame Durut.—Fort bien, je n'avais garde d'interrompre cette tirade d'orgueil et d'humeur d'une dame de cour à qui l'on manque de parole.

La Duchesse, interrompant avec courroux.—Si l'on me manque de parole, songez à ne pas me manquer de respect!…

Madame Durut.—Ma foi! madame la duchesse, si nous voulions, le décret du 19 juin nous dispenserait de bien des formes[85]; mais à Dieu ne plaise que j'oublie mon devoir. D'ailleurs vous connaissez le faible que j'eus toujours pour vous. Je veux la paix, et pour cela j'insiste pour que vous daigniez voir mon Alfonse.

[85] 1790. Ce fut la nuit de ce fameux jour qu'une poignée d'ivrognes biffa sans retour toute la noblesse passée, présente et à venir! Quel immortel service! (N.)