Célestine, défendant faiblement sa gorge.—Nous ne nous connaissons point, pourquoi vous aimerais-je?… Vous êtes joli cavalier, pourquoi ne vous aimerais-je pas?
Le Comte, s'animant.—Elle est divine! Il y a un siècle, belle enfant, que tu me trottes en cervelle; mais tu as précisément une de ces sorcières de mines qu'il faut chasser de son imagination comme la peste, si l'on ne veut pas s'enfiévrer.
Célestine.—Pourquoi, s'il vous plaît, me chasser si fort! Sachez que j'aime beaucoup, moi, qu'on se passionne un peu pour mon petit mérite… Mais voyez donc comme il m'accommode! (Les tétons sont au pillage.)
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(On supprime ici d'inutiles lambeaux de dialogue.)
Célestine[89] acceptant l'assignat après quelques façons.—Ne croyez pas cependant que je veuille employer ce chiffon à réparer une sottise. On dit qu'avant peu ce beau papier de votre fabrique ne sera plus bon qu'à cet usage, mais en attendant, je vais bel et bien le convertir en écus.
[89] Le Comte donne à Célestine un assignat de 300 livres.
Le Comte.—Tu me bats avec mes armes, friponne! Cela n'est pas généreux…
Pour l'apaiser Célestine, se jetant à son cou, lui donne un de ces baisers qu'elle a le talent de rendre si doux, et échappe à l'instant. Il est bon d'avertir le lecteur que cette si complaisante Célestine avait été députée au comte par Mme Durut, afin qu'il fût occupé tout le temps qu'il faudrait à la duchesse pour s'arranger avec le charmant Alfonse. On voit que Célestine ne pouvait s'acquitter mieux de son agréable commission. Le Comte se purifie, aidé, comme l'a été le Chevalier, par la jolie négrillonne. Ensuite, il déjeune, et attend, en lisant quelques feuilles du jour, qu'on vienne enfin lui donner des nouvelles de la Duchesse.