La Duchesse.—Fi!

Le Comte,—Quant à moi, je l'ai totalement perdue de vue, il y a bien six mois, depuis qu'elle m'a débauché mon valet de chambre.

Célestine.—Ce fut surtout pour vous un grand crèvecœur que de perdre ainsi deux maîtresses à la fois?

Madame Durut.—Pourquoi pas trois? car la dame ne se faisait pas beaucoup prier pour faire le thème en deux façons.

Le Comte.—De la méchanceté! Il est assez plaisant qu'on gronde ici des sortes de caprices, tandis qu'on veut bien les laisser en paix dans la société. Vous voilà trois femmes: laquelle de vous osera jurer de n'avoir jamais varié la manière de faire des heureux?

Célestine.—Monsieur le comte voudrait nous confesser apparemment! Quant à moi, je ne suis pas pressée de m'accuser de péchés dont il est très possible que je n'aie aucun repentir.

....... .......... ...

Un excellent café, suivi des liqueurs les plus fines, termine ce voluptueux dîner.

Le Comte très pressé (ou qui feint de l'être) d'assister à l'auguste pétaudière, part tout de suite dans son rapide cabriolet. La Duchesse reste. L'adroite et complaisante Célestine prête son ministère pour la mettre en état de paraître au spectacle. Le Chevalier dont on a renvoyé les chevaux, et qui n'a rien de mieux à faire que de se reposer, suit aux Italiens son équivoque conquête, qui l'enlève dans un vis-à-vis d'une élégance achevée, attelé de deux anglais sans prix pour la vitesse et la beauté.

L'ŒIL DU MAITRE