Mais le volume annoncé ne parut pas. Dès 1867, le même éditeur, à la fin de la notice qu'il avait rédigée pour la réédition des Contes nouveaux, ne mentionne même plus les femmes et écrit simplement qu'«il existe des correspondances de plusieurs gens de lettres du XVIIIe siècle, Beaumarchais, Rétif de la Bretonne, Pelleport entre autres, avec Andrea de Nerciat.» Et Vital-Puissant[2], parlant de ces correspondances, dit: «Leur impression avait été annoncée vers 1866 ou 1867, en pays étranger (Belgique), mais des renseignements certains nous ont appris que tout cela était resté à l'état de projet, pour être ensuite définitivement abandonné».
[2] Loc. cit.
La famille d'Andrea de Nerciat était originaire de Naples. Un aïeul, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, le frère Antoine Andrea perdit la vie en Afrique où il combattait, le 17 août 1619. La maison était éparse à Naples, en Sicile, dans le Languedoc. Une branche s'était établie en Bourgogne. J'ai trouvé[3] un document concernant un certain Louis Nercia, sous-lieutenant au régiment de Bourgogne. C'est un reçu de la somme de 20 livres qui lui ont été données par gratification et pour lui donner moyen de se rendre à sa charge. Le reçu est daté du 4 février 1697 et signé Louis Nercia.
[3] Bib. Nat. Mss. Pièces originales 2096.
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L'auteur de Félicia était le fils d'un trésorier au parlement de Bourgogne. M. Maurice Tourneux a transcrit à Dijon et m'a communiqué l'extrait baptistaire qui dissipe l'incertitude où l'on était touchant la date de naissance d'«André-Robert Andrea de Nerciat né à Dijon 17 avril 1739, fils de Andrea, avocat au Parlement, et de Bernarde de Marlot. Parrain Claude André Andrea, avocat payeur des gages du Parlement, seigneur de Nerciat». Après avoir terminé ses études, et sans doute de bonnes études, car il était fort cultivé, le chevalier voyagea pour parfaire son instruction. Il parcourut l'Italie, l'Allemagne, apprenant l'italien, puis l'allemand, et la carrière des armes lui souriant, il alla prendre du service au Danemark.
La preuve de ce fait se trouve à la fin de la Dédicace placée en tête de la comédie: Dorimon ou le marquis de Clairville (Strasbourg, 1778). Le titre de cette pièce ne porte aucune indication d'auteur et cependant, c'est le premier et un des rares ouvrages que Nerciat ait signés. On lit après l'épître dédicatoire cette signature imprimée: le Cher De Nerciat, ancien Capitaine d'Infanterie au service de Danemark et ci-devant gendarme de la Garde de S. M. T. C.
A son retour en France, il resta militaire et entra dans la Maison du Roi. La compagnie de gendarmes de la garde dont il faisait partie fut comprise dans la réforme qu'opéra le comte de Saint-Germain par Ordonnance du Roi pour réduire les deux compagnies des gendarmes et chevau-légers de la garde du 15 décembre 1775. Nerciat se retira avec une pension et le grade de lieutenant-colonel, mais néanmoins il regretta beaucoup cette réduction. Ses regrets, il les mit en vers[4]:
Dieu des combats, je suivais tes timbales;
Aux bandes que l'on vit à Fontenoy fatales,