L'amant qui meurt de sa blessure,
Plaignez mon sort.
Le chevalier de Nerciat avait quitté l'Allemagne sans regret, mais non sans émotion. «Les Allemands, a-t-il écrit dans Monrose, m'ont passablement ennuyé, tout en me forçant à les beaucoup estimer.»
Il ne songea pas avant son départ à revoir le marquis de Luchet dont les projets étaient devenus grandioses.
Il s'était fait imprimeur et libraire, rêvant de faire de Cassel un centre où la littérature française et l'allemande se rencontreraient pour se vivifier mutuellement. On devait y traduire en français des livres allemands et en allemand les succès de la librairie française. Ces idées commerciales ne laissaient pas de choquer un peu les habitants de Cassel et l'on se moquait ouvertement du favori qui trouva un matin attaché à une persienne de sa maison une feuille de papier sur laquelle on avait écrit en français: «Monsieur le marquis de Luchet, Imprimeur, Libraire, conseiller intime de S. A. S. Mgr de Landgrave, vend toutes sortes de livres».
La librairie du marquis de Luchet dura du 18 novembre 1783 au 11 novembre 1785. Au commencement de 1785, la Krieg und Domainen Kasse demanda au Landgrave la suppression des comédiens français qui coûtaient cher à la couronne.
Frédéric II allait se séparer à regret de sa chère troupe française, lorsqu'en bon courtisan, Luchet prit à son compte, jusqu'en 1788, l'entreprise du Théâtre-Français, moyennant une subvention de 3.000 écus la première année et 4.000 les suivantes, plus les dédits à payer aux artistes renvoyés ayant la fin de leur engagement. A Cassel, le Landgrave devait avoir une loge à sa disposition et dans les Résidences, la troupe devait jouer devant la cour seule.
Frédéric II mourut le 31 octobre 1785, et presque aussitôt après l'avènement du landgrave Guillaume IX, on conseilla au marquis de Luchet d'abandonner les postes qu'il occupait et de quitter la Hesse.
Il se démit de ses fonctions le 10 février 1786 et quitta Cassel le 3 avril à 5 heures du matin.
La troupe française fut congédiée et la population de Cassel approuva par des manifestations le départ des sauteurs français, c'est ainsi que le peuple hessois appelait ces comédiens. Ceux dont l'engagement n'était pas terminé reçurent six mois de gages.