M. de Luchet passa au service du prince Henri de Prusse. Un roman du marquis avait à ce moment un véritable succès. Il s'agit du Vicomte de Barjac ou Mémoires pour servir à l'histoire de ce siècle, que l'on a quelquefois attribué à Choderlos de Laclos.

Il n'y a pas lieu d'insister ici sur le reste de la carrière du Marquis de Luchet, qui est connue.

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A son retour en France, le chevalier Andrea de Nerciat reprit le métier des armes qui masquait sans doute celui d'agent secret. Il fit partie des officiers qu'en 1787, le Roi envoya soutenir les patriotes hollandais, insurgés contre le Stadhouder. Déguisé en bourgeois, Nerciat arriva secrètement par Gorcum à Utrecht.

Il revint bientôt et il semble qu'il fut chargé la même année d'une mystérieuse mission diplomatique en Autriche. Il alla aussi en Bohême, et fit imprimer à Prague deux comédies-proverbes: Les rendez-vous nocturnes ou l'aventure comique et Les amants singuliers ou le mariage par stratagème. Il reçut en 1788 la croix de Saint-Louis et fit paraître la même année les Galanteries du jeune chevalier de Faublas.

Le roman de Louvet de Couvray venait de voir le jour et Nerciat voulut profiter de la vogue d'un ouvrage où il reconnaissait l'influence de Félicia. En 1788, il fit encore paraître Le Doctorat impromptu dont Monselet dit qu'il est «écrit avec légèreté».

En 1789 parurent ses Contes saugrenus, en 1792 Mon noviciat et Monrose dont il ne faut pas douter malgré Wolff[28] que ce soit un ouvrage de Nerciat. Il semble que pendant la Révolution, Nerciat joua un rôle assez louche, demeurant comme agent secret aux gages de la République qu'il détestait et trahissait peut-être.

[28] Allgemeine geschichte des Romans… (Iéna, 1850).

Quoi qu'il en soit, il se préoccupait toujours de ses livres. Il laissa paraître en 1793 les Aphrodites et vendit le manuscrit du Diable au corps qui ne devait paraître qu'en 1803, à Mézières, après la mort de l'auteur.

Cependant, le métier d'écrivain ne remplissait pas tous ses loisirs, et tandis que ses fils étaient boursiers de l'Egalité, le citoyen Nerciat exerçait la profession équivoque de policier.