Sabatier de Castres le mentionne dans sa lettre, au général Bonaparte[29] datée de Leipzig, 19 mai 1797:
[29] Catalogue… de deux cabinets connus, 19 décembre 1871, no 95 (vendu 44 fr.).
Cette lettre (moins ce passage et quelques autres) a été imprimée dans Lettres critiques, morales et politiques sur l'esprit, les erreurs et les travers de notre temps. Erfurt, pet. in-12, VI-28 p.
«L'agent chargé de surveiller Mme de Buonaparte est le baron de Nerciat (Nercia) qui se donne tantôt pour italien et tantôt pour français et qui est auteur de quelques romans orduriers très mal écrits».
On retrouve ensuite Nerciat à Naples où il fut envoyé, sans doute sur sa demande et la même année, à cause de sa connaissance de l'allemand et de l'italien, pour surveiller la cour. Il se présenta comme un émigré qui n'avait quitté son pays que pour venir dans celui d'où sa famille était originaire. Il fut bien accueilli et la reine lui accorda une pension. Il est toujours agent secret aux gages de la France, mais ses préférences qu'il ne parvient pas à dissimuler le portent à passer au service de Naples[30]. Paris est bientôt informé de cette trahison et le 13 nivôse, an VI, Trouvé, chargé d'affaires à Naples, écrit à Talleyrand: «Le citoyen Nerciat auquel j'ai envoyé celle par laquelle vous lui annoncez qu'il n'est plus porté sur vos états comme agent secret est venu me remettre deux tableaux de chiffres nos 5 et 6 (Italie germinal, an V) et m'a aussi apporté la lettre que vous trouverez ci-jointe». On peut supposer qu'à partir de ce moment Nerciat rompit définitivement avec la République. Il avait gagné la confiance royale et en 1798, Marie Caroline le chargea d'une mission secrète, auprès du Pape. Le chevalier de Nerciat arriva à Rome en février, au moment où les troupes françaises commandées par le général Berthier s'emparaient de la ville.
[30] M. Maurice Tourneux pense que Nerciat joua un rôle important comme agent au service de Naples, sous le nom supposé de M. de Bressac. Ce Bressac a été mentionné par quelques historiens. Il se trouvait à Berlin en 1798 et il est question de lui dans plusieurs rapports conservés aux Archives des Affaires étrangères. Gaillard écrit de Berlin le 2 ventôse, an VI: «J'ai remis, il y a quelques jours, au cabinet de Berlin, la note concernant les décorations de l'ancien régime. Leur suppression totale ne souffrira aucune difficulté, mais le ministère tient à ce que l'ordre qui émane du roi à ce sujet, ne porte que sur ses propres sujets et sur les étrangers qui sont à son service ou qui jouissent dans ses Etats du droit d'asile sans qu'il puisse concerner en aucune manière les étrangers… Je vous prie de faire décider la cour de Naples le plus promptement qu'il sera possible et de demander qu'elle donne immédiatement l'ordre de se conformer à cette mesure, à un certain M. de Bressac ou Pressac qui se trouve à Berlin depuis quelque temps. C'est un Français qui dit qu'il est depuis très longtemps au service de Naples où il est chambellan du Roi. Il porte la croix de Saint Louis. On se rappelle de l'avoir déjà vu ici autrefois, et on lui suppose des intentions, quoique je ne le voie en aucune autre liaison qu'avec les émigrés, ce qui est assurément sans conséquence. Je le regarde comme un de ces agents secrets qui aura intrigué à Naples pour se faire donner une mission quelconque à l'étranger et surtout de l'argent. Au reste il pourrait arriver qu'il reçût de Naples l'ordre de quitter la croix et qu'il le dissimulât. C'est un cas à prévoir et à prévenir et il faudrait pour cela que le ministre de Berlin pût avoir une connaissance officielle de l'ordre général que S. M. Sicilienne donnera à ce sujet.»
Une lettre de Parandier portant la même date confirme le rapport de Caillard en exagérant l'importance de Bressac.
«Il est arrivé ici depuis quelque temps un fameux aventurier nommé Bressac. Cet homme si connu à Naples par son immoralité, par ses basses intrigues en politique, par ses liaisons avec la reine, par son intimité avec son favori et par toutes sortes d'infamies, se dit actuellement brouillé avec Acton, et obligé de voyager tant que son ennemi sera en faveur. Il est reçu à la cour et dans les principales maisons avec une distinction particulière et affecte un luxe ridicule dans un pays où les fortunes bornées ne permettent pas de s'y livrer. Faufilé partout, d'une activité inconcevable, ses jactances, ses manières intrigantes, décèlent le but de son séjour ici. Quoi qu'il ne soit qu'un intrigant subalterne et le preneur débouté de la coalition, cependant son séjour ici ne laisse pas que de faire beaucoup de mal. Dans un pays où nous ne sommes pas aimés, où toute espèce de rapprochement n'est amené que par la peur de la puissance républicaine… tout ce qui tend à réveiller les passions, les haines, à entretenir les soupçons et les défiances ne saurait trop être écarté.»
Le 19 ventôse an VI, Talleyrand répond à Gaillard:
«… J'ai fait écrire à Naples relativement à M. de Bressac, qui se montre à Berlin avec la croix de Saint-Louis. Je suppose que c'est l'aventurier dont il est fait mention peu honorable dans les mémoires de Gorani. Quand je serai instruit des effets des démarches qui auront lieu à Naples, je vous en instruirai.»