Enfin, le 18 germinal an VI, Trouvé écrit à Talleyrand:

«J'ai reçu vos deux lettres 5 et 6 en date du 18 ventôse, relatives aux démarches touchant les décorations de l'ancien régime. Vous m'en prescrivez une relativement à M. de Bressac, je vais m'en acquitter avec d'autant plus d'empressement, que ce Bressac a dans toutes les occasions, déployé l'animosité la moins équivoque envers les Français.»

Toutefois, ces extraits ne paraissent point démontrer que Nerciat et ce Bressac, n'aient été qu'une seule personne. Au contraire, il y a lieu de croire qu'au moment où M. de Bressac se pavanait à Berlin, Nerciat se faisait arrêter à Rome, et qu'à la date où Trouvé protestait à Naples contre la décoration de Bressac, Nerciat était déjà enfermé dans un cachot du castel Saint-Ange.

Nerciat fut aussitôt arrêté et incarcéré au château Saint-Ange. On n'a encore mis au jour aucun renseignement relatif à l'emprisonnement du chevalier de Nerciat, et son nom même a échappé à M. Rodocanachi qui a consacré (Hachette, 1909 in-4o) un important ouvrage à la vieille citadelle romaine. La détention du chevalier se prolongea au delà de l'évacuation de Rome par les Français.

Il fut élargi dans les premiers jours de l'année 1800. Il était tombé gravement malade dans son cachot et avait perdu tous ses papiers parmi lesquels se trouvaient, paraît-il, les manuscrits de quelques ouvrages. Aussitôt libre, tout malade qu'il était, il revint à Naples où il mourut presqu'aussitôt, dans les derniers jours du mois de janvier.

Psychologue subtil et raffiné, esprit dégagé de tous les préjugés, écrivain délicieux, aux néologismes presque toujours heureux, personnage équivoque et séduisant, le charmant auteur de Félicia finissait en même temps que le XVIIIe siècle dont il est l'expression la plus délicate et la plus voluptueuse[31].

G. A.

[31] Je tiens à remercier ici le savant M. Maurice Tourneux qui m'a fait le don précieux de ses notes sur le chevalier de Nerciat. M. le docteur Lohmeyer, directeur de la Landesbibliothek de Cassel et M. le docteur Sceffler, bibliothécaire à la Landesbibliothek de Stuttgart, ont également part à ma reconnaissance.

ESSAI BIBLIOGRAPHIQUE SUR LES ŒUVRES D'ANDREA DE NERCIAT

Félicia, ou mes Fredaines avec l'épigraphe: La faute en est aux Dieux qui me firent si folle. Londres, 1775.—4 vol. in-18; 12 gravures libres par Borel (non signées)[32]. D'après ce qu'en dit Nerciat dans Monrose, cette édition aurait paru en Belgique.