«—Eh bien! vous me les raconterez après: apprenez-moi si vous avez trouvé....»
«—Trouvé! interrompit Pierre; oui, mort de ma vie! j’ai trouvé; mais on m’a trouvé aussi. Tenez, monsieur, regardez ma trouvaille; voyez les coups que j’ai attrapés.»
«—Mais qui vous a donc mis dans cet état?»
«—Vraiment, monsieur, je vais vous dire ce qui en est. Monsieur sait bien que j’ai un peu appris à faire le coup de poing, de cet Anglais qui venait souvent au logis avec son maître.»
«—Bon, bon. Dites-moi où vous avez été.»
«—C’est tout au plus si je le sais moi-même, mon cher maître; j’ai été dans un endroit où j’ai reçu une fière taloche; mais c’était pour vous servir, ainsi je n’en parlerai pas: mais si ce coquin peut tomber sous ma patte....»
«—Vous me paraissez si content de votre première taloche, que vous voulez en avoir une autre; et c’est ce qui ne vous manquera pas, si vous ne répondez mieux à ma question.»
Cette menace engagea Pierre à se rendre plus méthodique; il tâcha donc de continuer: «Je n’eus pas plus tôt quitté l’abbaye, dit-il, que je suivis le chemin que vous m’aviez indiqué, et tournant droit à ce bouquet d’arbres que voilà, je regardai de côté et d’autre, pour voir si je pourrais voir une maison, une chaumière, ou du moins un homme; mais de tout cela, pas plus que sur ma main: je poussai donc en avant, à peu près la valeur d’une lieue, en vérité; alors j’arrivai à un sentier. Ho, ho! me suis-je dit, je vous tiens à présent; nous voilà en bon train. On ne fait point des sentiers sans pas. J’étais cependant au bout de mon rolet; car le diable m’emporte, si j’ai pu voir une âme! et après avoir suivi mon sentier de ce côté, et puis de celui-là, pendant plus d’un quart de lieue, eh bien! je l’ai perdu, mon sentier, et il a fallu en chercher un autre.»
«—Vous est-il donc impossible de venir au fait? dit La Motte: laissez là ces sottes particularités, et dites-moi si vous avez réussi.»
«—Eh bien, mon cher maître, pour être court, car au bout du compte, c’est le moyen d’avoir plus tôt fini, j’ai erré long-temps à l’aventure, je ne sais de quel côté, mais toujours dans une forêt comme celle-ci; et j’ai pris un soin tout particulier de regarder les arbres, pour pouvoir me retrouver. Finalement je suis arrivé à un autre sentier, et alors j’étais bien sûr de trouver quelque chose, quoique je n’eusse rien trouvé auparavant, car je ne pouvais pas me tromper deux fois. Ainsi donc, en regardant à travers les arbres, j’ai aperçu une cabane; j’ai donné à mon cheval un coup de fouet qui a retenti dans la forêt, et je me suis trouvé à la porte dans la minute. Les gens m’ont dit qu’il y avait une ville à environ une lieue de là, que je n’avais qu’à suivre le sentier, qu’il m’y conduirait; aussi m’y a-t-il conduit, et au train dont mon cheval y est arrivé, je crois qu’il sentait l’avoine dans l’auge. J’ai demandé un charron, l’on m’a dit qu’il n’y en avait qu’un dans l’endroit, et l’on n’a jamais pu le trouver. J’ai attendu, et puis j’ai encore attendu; car je savais bien qu’il était inutile de songer à m’en revenir sans avoir fait ma commission. Enfin le charron, qui était à la campagne, est rentré en ville, et je lui ai dit combien il m’avait fait attendre, parce que, lui ai-je dit, il est inutile que je songe à m’en aller avant d’avoir fait ma commission.»