Adeline passa la plus grande partie de la journée dans sa chambre. Après y avoir examiné sa conduite, elle essaya de fortifier son âme contre les injustes désagrémens que lui donnait madame La Motte. La tâche était plus difficile que de s’absoudre elle-même. Elle l’aimait; elle avait compté sur une amitié qui lui semblait encore précieuse malgré d’injustes procédés. Assurément elle n’avait pas mérité de la perdre; mais madame La Motte était si peu disposée à un éclaircissement, qu’elle n’avait guère de probabilité de regagner son affection. Enfin elle se résigna, au point d’être passablement calmée; car renoncer sans regrets à un bien réel, c’est moins un effort de la raison que du caractère.
Elle s’occupa quelques heures d’un ouvrage qu’elle avait entrepris pour madame La Motte; et cela, sans la moindre intention de se concilier ses bonnes grâces, mais parce qu’elle éprouvait que cette manière de répondre à de mauvais procédés avait quelque chose d’assorti à son caractère, à ses sentimens et à sa fierté. L’amour-propre est peut-être le seul pivot autour duquel se meuvent les affections humaines, car tout motif qui a pour but notre satisfaction personnelle peut se rapporter à ce sentiment. Il est pourtant des affections d’une nature si épurée, qu’elles nous paraissent mériter le nom de vertus, bien que nous puissions démentir leur origine. Celle d’Adeline était de ce genre.
Elle mit à ce travail et à la lecture le plus de temps de la journée qu’il lui fut possible. Les livres avaient été constamment la source de son instruction et de son amusement. Ceux de La Motte étaient en petit nombre, mais bien choisis; et Adeline devait trouver à les lire plus de charmes que jamais. Lorsque son âme était affectée par la conduite de madame La Motte, ou par quelque souvenir de ses premières infortunes, un livre était le calmant qui lui rendait la tranquillité. La Motte avait plusieurs des meilleurs poètes anglais. Adeline avait appris cette langue au couvent: elle était par conséquent en état de sentir leurs beautés; et le plaisir qu’elle y prenait, se changeait souvent en inspiration.
Au déclin du jour, elle quitta sa chambre pour jouir des beaux instans de la soirée, mais elle ne s’éloigna pas de l’abbaye au-delà d’une avenue qui regardait le couchant. Elle lut un peu; mais, ne pouvant distraire plus long-temps son attention de la scène qui l’environnait, elle ferma son livre, et s’abandonna aux charmes de la douce mélancolie que le moment lui inspirait. L’air était calme; le soleil, en s’abaissant sous les coteaux lointains, jetait une lueur pourprée sur le paysage, et un jour plus doux dans les clairières de la forêt. La rosée avait répandu sa fraîcheur dans les airs. A mesure que le soleil déclinait, l’obscurité s’avançait en silence, et la scène prenait un aspect de grandeur solennelle. Dans sa rêverie, elle se rappela et répéta le morceau suivant:
NIGHT.
Now Ev’ning fades! her pensive step retires,
And Night leads on the dews, and shadowy hours;
Her awful pomp of planetary fires,
And all her train of visionary powers.
These paint with fleeting shapes the dream of sleep