«—L’air de gaîté que vous aviez à mon arrivée ici.»

«—Vous gémissiez tout à l’heure de me voir affligé, et maintenant vous ne paraissez pas trop satisfait de m’avoir vu précédemment de bonne humeur. Qu’est-ce que cela veut dire?»

«—Vous ne m’entendez point du tout. Rien ne pourrait me causer une plus grande satisfaction que le retour de cette gaîté. Vous aviez dans ce temps-là les mêmes sujets de chagrin, et pourtant vous étiez de bonne humeur.»

«—Vous auriez pu sans vanité vous en attribuer la gloire: votre présence me ranima, et je me sentis en même temps soulagé du fardeau de mille appréhensions.»

«—Puisque la même cause existe, pourquoi n’êtes-vous pas toujours aussi gai?»

«—Et pourquoi oubliez-vous que c’est à votre père que vous parlez ainsi?»

«—Je ne l’oublie point, monsieur, et rien au monde, que mes sollicitudes pour un père, ne pouvait m’enhardir à ce point. C’est avec la plus vive douleur que je m’aperçois que vous avez quelque sujet caché de peines: faites-en l’aveu, monsieur, à ceux qui ont droit d’entrer dans vos afflictions, et souffrez qu’en les partageant, ils en adoucissent la rigueur.»

Louis leva les yeux, et vit son père pâle comme la mort; ses lèvres tremblaient en parlant: «—Quelque confiance que vous ayez en votre pénétration, elle vous a pourtant trompé dans cette conjoncture. Je n’ai d’autres sujets de chagrin que ceux que vous connaissez déjà, et je désire que vous ne rameniez jamais la conversation là-dessus.»

«—Puisque telle est votre volonté, je dois vous obéir; mais pardonnez-moi, monsieur, si....»

«—Je ne vous pardonne point, monsieur, interrompit La Motte: cessons ces discours.» En disant ces mots, il précipita ses pas; et Louis, n’osant continuer, revint en silence à l’abbaye.