En sortant, La Motte était allé dans la forêt. Louis s’en était aperçu, et l’avait rejoint avec le dessein de pénétrer la cause de sa mélancolie. «Voilà une belle matinée, dit Louis; si vous me le permettez, je vous accompagnerai à la promenade.» La Motte, quoique mécontent, ne s’y opposa point; et, après qu’ils eurent marché quelques minutes, il changea de direction, et prit un sentier opposé à celui que son fils lui avait vu suivre le jour précédent.
Louis observa: «que l’allée qu’ils venaient de quitter était plus ombragée, et par conséquent plus agréable.» La Motte ne paraissait faire aucune attention à cette remarque. «Elle mène, poursuivit-il, à un singulier endroit que je découvris hier.» La Motte leva la tête. Louis continua de décrire le tombeau, et la rencontre qu’il y avait faite. Pendant ce récit, La Motte le regardait avec la plus grande attention, et changeait souvent de visage. Quand il eut fini: «Vous avez eu bien de la témérité, dit-il, d’examiner ce lieu, surtout lorsque vous vous êtes hasardé dans le passage. Je vous conseille de ne plus vous aventurer aussi légèrement dans les profondeurs de cette forêt. Moi-même, je n’ai pas osé dépasser certaines limites; et, par cette raison, j’ignore quels habitans elle peut renfermer. Votre récit m’effraie; car, s’il y a des brigands dans le voisinage, je ne suis pas à l’abri de leurs rapines. Il est vrai que je n’ai plus guère autre chose à perdre que ma vie.»
«—Et la vie de vos compagnons, reprit Louis.—Sans doute, dit La Motte.»
«—Il serait à propos d’avoir plus de certitude sur ce point. Je songe aux moyens d’y parvenir.»
«—Il est inutile de s’en occuper. Cette recherche aurait elle-même son danger. La mort serait peut-être le prix de votre curiosité; notre seule chance de salut, c’est de rester cachés. Retournons à l’abbaye.»
Louis ne savait que penser; mais il n’en dit pas davantage. La Motte retomba bientôt dans un accès de rêverie, et son fils en prit occasion de déplorer l’état d’abattement où il venait de le voir plongé. «Déplorez-en plutôt la cause, dit La Motte avec un soupir.»
«—Quelle qu’elle soit, j’en gémis bien sincèrement. Oserai-je vous prier de me la dire?»
«—Mes malheurs vous sont-ils donc assez peu connus, reprit La Motte, pour que vous me fassiez pareille question? Ne suis-je pas arraché à ma maison, à mes amis, et presqu’à ma patrie? et peut-on demander ce qui m’afflige?»
Louis sentit la justice de ce reproche, et garda un moment de silence. «Que vous soyez affligé, reprit-il, ce n’est pas ce qui me surprend: il serait en effet bien étonnant que vous ne le fussiez pas.»
«—Qu’est-ce donc qui cause votre surprise?»