Car bien souvent, sur la rive tranquille,
Je les appelle au déclin d’un beau jour,
Et les invite à quitter leur asile
Pour voir les jeux des nymphes de ma cour.

De nos plaisirs elles se réjouissent,
Et sur les flots redoublent leurs ébats;
Mais pour danser quand nos groupes s’unissent,
Par leur musique elles règlent nos pas.

Gagnons cette île où la chaîne bleuâtre
Des monts altiers aux sommets ondoyans
Forme un sublime et vaste amphithéâtre
Sur les tapis des vallons verdoyans.

Là, sur un trône entouré de verdure,
Le Dieu fécond, père des végétaux,
Des plus beaux fruits prodigués sans mesure
Varie au loin la plaine et les coteaux.

Pour émailler ses fleurs éblouissantes
Sa main dérobe un rayon de Phébus;
Il en rougit les grappes mûrissantes
Qu’on entrevoit sous les pampres touffus.

Allons danser sous les bocages sombres
De myrtes verts, de charmans orangers;
Là, de la nuit nous attendrons les ombres,
A la fraîcheur des zéphyres légers.

Avant que l’aube ait annoncé l’aurore,
Et quand la lune est absente des cieux,
Des vers brillans le nocturne phosphore
Eclairera nos courses et nos jeux.

En exprimant sur nos lèvres heureuses,
Et des roseaux le miel délicieux,
Et du palmier les coques savoureuses,
Nous nous croirons à la table des dieux.

Lorsqu’il survient un horrible tonnerre,
Lorsque d’éclairs le ciel est enflammé,
Le tronc vieilli d’un cèdre tutélaire
Va nous donner un abri parfumé.

Vers le minuit, alors que tout sommeille,
Sous le platane ou le palmier en fleur,
Sans respirer, nous prêterons l’oreille
Au rossignol qui chante sa douleur.