Le comte avait été forcé de reconnaître que ses jours dépendaient du caprice d'un tyran. Son ame était préparée aux coups les plus cruels; mais cependant il concevait quelque espérance d'échapper lorsqu'il songeait à cette lettre qu'un de ses gardes, touché de compassion, s'était chargé de remettre à la comtesse. Dans cette attente, il passait toutes les heures à la grille de sa fenêtre; livré à la plus vive inquiétude il portait sa vue sur les montagnes éloignées, pour s'assurer s'il ne découvrirait pas la marche de sa tribu. Pendant qu'il était ainsi privé de soulagemens réels, ces montagnes devenaient pour lui la source d'un plaisir idéal. Souvent, dans les belles soirées d'été, il voyait, de sa fenêtre, se promener sur la terrasse située au bas de la tour, ces femmes dont l'aspect avait excité son admiration et sa pitié. Un jour qu'il était rempli d'espérance pour lui-même et de compassion pour elles, ses souffrances lui parurent s'être adoucies. Il conçut l'idée de faire connaître aux deux prisonnières qu'elles avaient un compagnon, et d'exciter leur intérêt. Le soleil se cachait derrière la cime des montagnes, et déjà l'ombre était descendue dans les vallons. La tranquillité de la soirée lui inspirait une douce mélancolie: il composa les stances qu'on va lire, et dès le soir suivant, vint les jetter sur la terrasse.

«Salut, ô monts sacrés; vos sommets sont rafraîchis par les vents, et des sources d'eau jaillissent d'entre vos rochers. Le haut pin qui vous ombrage reçoit les premiers rayons du jour, et sa tête orgueilleuse est encore le dernier objet que frappe le soleil couchant.»

«Salut, ô monts éloignés! salut, vallons formés par eux. Souvent l'imagination me découvre vos beautés que cachent les brouillards humides. Tandis que le berger enfle son chalumeau, ou que le poëte cède au plaisir de chanter, mon cœur souffrant déplore la triste destinée qui m'accable.»

«Trois fois heureuse l'heure où le crépuscule du soir vient envelopper de son ombre ces bois chéris. De paisibles accords se font entendre alors le long de la clairière: l'imagination les recueille à travers le murmure des vents; et les amans de cette divinité puissante prêtent une oreille charmée.»

«O combien sont pénétrans ces sons! ils se prolongent dans les montagnes éloignées, et l'écho des cavernes, qui les répète, trouble le silence des déserts.»

Osbert eut le plaisir de voir que le papier fut ramassé par les deux femmes qui se retirèrent immédiatement après dans le château.

CHAPITRE V.

Alleyn et la tribu d'Athlin se présentent devant le château de Dunbayne.—Malcolm fait amener Osbert sur les remparts, et menace de lui donner la mort si Alleyn et les siens ne se retirent pas; il offre de mettre Osbert en liberté, à condition qu'il obtiendra Marie en mariage.—Alleyn va au château d'Athlin porter les propositions de Malcolm.—Douleur de Maltida et de Marie.—Marie se décide à épouser Malcolm pour sauver la vie à son frère.—Alleyn est chargé par Maltida de demander à Malcolm un délai de quelques jours, au bout duquel elle doit donner sa réponse.

Le lendemain, à la pointe du jour, le comte aperçut un drapeau qui se montrait dans le lointain; son cœur s'ouvrit à une espérance que l'événement confirma. C'étaient ses fidèles vassaux, conduits par Alleyn, qui s'avançaient pour cerner et attaquer le château. Leur petit nombre ne leur permettait pas d'oser se flatter de le réduire; mais ils croyaient, qu'au milieu du tumulte du combat, ils parviendraient à délivrer le comte. Les sentinelles crièrent sur eux dès qu'ils furent à une certaine distance, et l'alarme fut donnée de toutes parts. Dans le même moment les murailles se couvrirent de soldats. Le baron était présent et dirigeait lui-même les préparatifs de défense; il avait secrètement arrêté son plan. La tribu, environnant le fossé, dans lequel elle jetait des fascines, se préparait à l'attaque, et de hautes échelles s'avançaient pour faciliter l'escalade; le comte, à qui la joie et l'espérance avait donné une nouvelle force, trouva le moyen d'arracher un des barreaux de la grille: déjà il avait le pied posé sur la fenêtre, et était prêt à échapper, quand il fut saisi par les gardes de Malcolm, et emmené précipitamment hors de la prison. Pendant qu'il se livrait au désespoir et à l'indignation, on le conduisit sur la partie la plus élevée des remparts, d'où il put voir Alleyn et la tribu, et en être lui-même vu. A son aspect ses vassaux furent heureux; mais ils ne le furent qu'un moment, car ils remarquèrent que leur chef était chargé de chaînes, environné de gardes et suivi des instrumens de la mort. Animés par une dernière espérance, ils poussaient l'attaque avec une fureur redoublée, quand les trompettes du baron demandèrent un pour-parler. Alors ils suspendirent le combat; Malcolm parut sur le rempart, et Alleyn s'approcha pour l'entendre. «L'instant de l'attaque, s'écria le baron, sera celui de la mort de votre chef: si vous voulez que ses jours soyent conservés, cessez cet assaut; retirez-vous en paix, et portez à la comtesse le message suivant: «le baron Malcolm n'acceptera point d'autre rançon que la belle Marie, dont il brûle de faire sa femme. Si Maltida accède à cette proposition, Osbert est libre sur-le-champ; si elle la refuse, il est mort.» L'émotion du comte et d'Alleyn était inexprimable: le comte, plein d'un courage altier, s'empressa de rejeter ce vil marché. «Donne-moi la mort, s'écria-t-il, la maison d'Athlin ne peut se déshonorer par une alliance avec un meurtrier. Recommencez votre attaque, ô mes braves vassaux! vous ne pouvez plus sauver ma vie, du moins vous vengerez ma mort; je la préfère au déshonneur de ma famille.» Osbert n'avait point encore cessé de parler, qu'une double haie de gardes l'environna, et le cacha aux regards de la tribu.

Alleyn, dont le cœur était déchiré par des sentimens qui se combattaient, n'écouta que la voix de l'honneur; il désobéit aux ordres d'Osbert; et posant ses armes à terre, il déclara qu'il allait se rendre au château d'Athlin porter les propositions du baron. La tribu suivit l'exemple d'Alleyn, et quelques-uns de ses membres se préparèrent à l'accompagner: des vassaux si fidèles ne pouvaient céder aux exhortations du comte. Pour lui, il éprouva une vive douleur quand la nouvelle du départ d'Alleyn fut parvenue dans sa prison.