Le visage de Morano se couvrit de rougeur.—Vous prenez intérêt à ma sûreté, dit-il, j'en prendrai soin et je sortirai d'ici; mais avant que je me retire, laissez-moi entendre de vous que vous faites des vœux pour moi; et en disant ces mots il la regarda d'un air tendre et affligé.
Emilie en renouvela l'assurance; il prit sa main qu'elle retirai à peine, et la porta jusqu'à ses lèvres.—Adieu, comte Morano, dit Emilie; elle allait se retirer, quand un second message arriva de la part de Montoni; elle conjura Morano, s'il voulait conserver sa vie, de quitter à l'instant le château, et n'osant pas désobéir au second ordre de Montoni, elle sortit pour l'aller trouver.
Il était au salon de cèdre qui joignait la grande salle, couché sur un sopha; il souffrait tellement de sa blessure, que peu de personnes y eussent mis autant de courage. Sa physionomie sévère, mais froide, exprimait la noirceur de la vengeance, mais aucun symptôme de douleur. Dans tous les temps il avait méprisé toutes les douleurs physiques, et ne cédait jamais qu'aux crises violentes de son âme. Il était entouré du vieux Carlo et du signor Bertolini; mais madame Montoni n'était pas avec lui.
Emilie tremblait en approchant: elle reçut une forte réprimande pour n'avoir pas obéi à ses ordres, et elle vit bien qu'il attribuait sa station dans le corridor à des motifs dont son âme pure n'avait pas même conçu l'idée.
—C'est un exemple du caprice des femmes, dit-il, et j'aurais dû le prévoir. Vous rejetiez obstinément le comte, pendant que je le favorisais; vous le favorisez au moment où je le congédie.
—Je ne vous comprends pas, dit Emilie surprise; vous ne prétendez sûrement pas que le comte, en visitant la double chambre, ait été approuvé par moi.
—Vous ajoutez l'hypocrisie au caprice, dit Montoni en fronçant le sourcil: vous vous livrez à la satire; mais avant de vous permettre de gouverner les autres, songez à bien apprendre à pratiquer les vertus qu'on exige des femmes, la sincérité, la modestie et l'obéissance.
Emilie, qui s'était toujours efforcée de conformer sa conduite à la plus stricte délicatesse, et dont l'esprit concevait si bien non-seulement tout ce qui est juste en morale, mais tout ce qui embellit le caractère d'une femme, fut choquée de ces paroles. Montoni parut s'apaiser; et quand Ludovico vint annoncer que Morano était hors du château, il dit à Emilie qu'elle pouvait se retirer.
Elle s'éloigna volontiers de sa présence; mais la pensée de rester toute la nuit dans une chambre dont la porte pouvait s'ouvrir à tout le monde, lui fit alors plus de frayeur que jamais. Elle se détermina à frapper chez madame Montoni, et à demander qu'il lui fût permis de retenir Annette.
En approchant de l'appartement de sa tante, Emilie le trouva fermé; bientôt il fut ouvert par madame Montoni elle-même.