—Ma chère demoiselle, je vous cherche dans tout le château, dit-elle; si vous voulez me suivre, je vous montrerai un tableau.

—Un tableau! s'écria Emilie en frémissant.

—Oui, mademoiselle, un portrait de l'ancienne dame de ce château. Le vieux Carlo vient de me dire que c'était elle, et je pensais que vous seriez curieuse de la voir. Quant à ma maîtresse, vous savez, mademoiselle, qu'on ne peut pas lui parler de cela.

—Ainsi, dit Emilie, vous en parlez donc à tout le monde?

—Oui, mademoiselle; que faire ici, à moins que d'y parler? Si j'étais dans un cachot, et qu'on me laissât parler, ce serait du moins un peu de consolation. Oui, je voudrais parler, quand ce ne serait qu'aux murailles. Mais venez, mademoiselle, ne perdons point de temps, il faut que je vous montre le tableau.

—Est-il voilé? dit Emilie après un moment de silence.

—Ma chère demoiselle, reprit Annette en regardant Emilie, pourquoi donc pâlissez-vous? Vous vous trouvez incommodée?

—Non, Annette, je me trouve fort bien; mais je n'ai aucun désir de voir ce tableau; vous pouvez aller dans la salle.

—Quoi! mademoiselle, ne pas voir la dame du château, la dame qui disparut si étrangement! Oh bien! pour moi, j'aurais franchi toutes les montagnes pour voir un semblable portrait. Pour vous dire au fond ce que je pense, il n'y a que cette histoire singulière qui puisse me soutenir dans ce vieux château, et pourtant d'y penser je sens que je frissonne.

—Etes-vous sûre que c'est un tableau? dit Emilie. L'avez-vous vu? est-il voilé?