—Sainte vierge Marie! mademoiselle, oui, non et oui. Je suis sûre que c'est un tableau. Je l'ai vu. Il n'est pas voilé.
Le ton, l'air de surprise avec lesquels tout cela fut dit, rappelèrent à Emilie sa prudence ordinaire; un sourire dissimula son émotion. Elle dit à Annette de la conduire à son tableau. Il était dans une chambre mal éclairée, voisine de celle où se tenaient les domestiques.
—Le voilà, mademoiselle, dit Annette d'une voix basse et en le montrant. Emilie s'avança et regarda le tableau. Il représentait une dame à la fleur de l'âge et de la beauté. Les traits en étaient nobles, réguliers, pleins d'une expression forte, mais non pas de cette séduisante douceur que voulait trouver Emilie, et de cette mélancolie pensive qu'elle aimait à rencontrer.
—Combien s'est-il passé d'années, dit Emilie, depuis que cette dame a disparu?
—Vingt ans, mademoiselle, ou environ, à ce qu'ils disent. Je sais qu'il y a longtemps.
Emilie continuait à examiner le portrait.
—Je pense, reprit Annette, que monsieur devrait le placer dans une plus belle chambre que celle-ci. A mon avis, le portrait de la dame dont il tient ses richesses devrait être logé dans l'appartement d'honneur.
—C'était une belle dame assurément, continua Annette, et monsieur pourrait sans rougir le faire porter au grand appartement où se trouve le tableau voilé. Emilie se retourna. Mais quant à cela, on ne l'y verrait pas mieux qu'ici; j'en trouve toujours la porte fermée.
—Sortons d'ici, dit Emilie, et laissez-moi, Annette, vous le recommander encore. Soyez très-réservée dans vos discours, et ne laissez pas soupçonner que vous sachiez la moindre chose au sujet de ce tableau.
—Sainte mère de Dieu! cria Annette, ce n'est pas un secret. Tous les domestiques l'ont bien vu.