Emilie se jetant à ses pieds et pleurant d'effroi, le pria d'épargner sa tante. Madame Montoni, frappée de crainte et remplie d'indignation, tantôt voulait se répandre en imprécations, tantôt se joindre aux intercessions d'Emilie. Montoni les interrompit avec un serment effroyable, et se retira brusquement d'Emilie qui s'attachait à son manteau; elle tomba sur le plancher avec violence. Il sortit néanmoins sans daigner la relever. Emilie fut rappelée à elle par un long gémissement de madame Montoni. Emilie courut à son secours, elle vit ses yeux hagards et tous ses traits en convulsion.
Elle lui parla sans recevoir de réponse; mais les convulsions redoublèrent, et Emilie fut obligée d'aller chercher du secours. En traversant la salle pour demander Annette, elle trouva Montoni, lui dit ce qui se passait, et le conjura de rentrer et de consoler sa tante. Il poursuivit son chemin avec un air d'indifférence. Enfin elle rencontra le vieux Carlo qui venait avec Annette; ils rentrèrent dans le cabinet, et portèrent madame Montoni dans la chambre voisine. On la mit sur son lit, et tout ce que leurs forces réunies pouvaient faire, c'était de la tenir dans ce cruel état. Annette tremblait et sanglotait; le vieux Carlo se taisait, et paraissait la plaindre.
—Il faudra du repos à ma tante, dit Emilie. Allez, mon bon Carlo, si nous avons besoin de secours, je vous enverrai chercher. Si vous en trouvez l'occasion, parlez donc à votre maître en faveur de votre maîtresse.
—Hélas! lui dit Carlo, j'en ai trop vu! j'ai peu d'ascendant sur le signor. Mais vous, jeune dame, prenez soin de vous-même, vous avez l'air de souffrir.
—Je vous rends grâces, mon cher ami, dit Emilie.
Carlo secoua la tête et sortit. Emilie continua de veiller sa tante.
Elles gardèrent un profond silence. Madame Montoni poussa enfin un long soupir.
—Persiste-t-il à m'arracher de ma chambre? dit-elle.
Emilie répliqua qu'il n'en avait rien dit depuis. Emilie fit des efforts pour attirer son attention sur d'autres objets; mais sa tante ne l'écoutait pas, et paraissait perdue dans ses pensées. Emilie, la laissant aux soins d'Annette, courut chercher Montoni. Elle le trouva sur le rempart au milieu d'un groupe d'hommes effrayants. Ils l'entouraient.
Quelques paroles de Montoni se répétèrent enfin parmi la troupe; et quand ces hommes se séparèrent, Emilie entendit: Ce soir commence la garde au coucher du soleil.