Son premier soin fut de contenir la porte de l'escalier; elle y rangea tous les meubles qu'elle put déplacer.
Ce travail l'occupa jusqu'à minuit; elle compta douze fois les frappements sourds de la grosse cloche du rempart. On n'entendait que le bruit et la marche du factionnaire qui relevait son camarade. Elle ouvrit la porte doucement, examina le corridor, écouta si personne ne bougeait; le calme était absolu. A peine eut-elle quitté sa chambre, qu'elle aperçut une faible lueur sur les murailles de la galerie; sans chercher d'où cela pouvait venir, elle recula bien vite et referma la porte. Personne ne la suivit; elle conjectura que Montoni faisait à l'inconnu sa visite nocturne ordinaire. Elle résolut d'attendre jusqu'à ce qu'il fût retiré dans son appartement.
L'horloge sonna, Emilie entr'ouvrit la porte, et, ne voyant personne, elle se glissa dans un passage qui conduisait à l'escalier du sud. Elle pensa que de ce point elle trouverait plus facilement la tour. Elle s'arrêtait souvent; elle écoutait avec effroi les murmures du vent qui sifflait; elle regardait de loin à travers l'obscurité des longs détours. Elle atteignit enfin l'escalier qu'elle cherchait. Deux passages s'offrirent à ses yeux: lequel choisir? Celui qu'elle prit donnait dans une large galerie. Elle se hâta de la traverser. La solitude de ce lieu la glaçait; elle tressaillait à l'écho de ses pas.
Soudain elle crut entendre une voix; craignant également d'avancer ou de retourner, pendant quelques moments, elle resta dans la même attitude, presque sans forces, osant à peine lever les yeux. Il lui sembla que la voix proférait des plaintes, et cette idée fut confirmée par un long gémissement. Elle imagina que c'était peut-être madame Montoni, et s'avança jusqu'à la porte. Néanmoins, avant que de parler, elle tremblait de se confier à quelque étranger indiscret qui la découvrirait à Montoni. La personne quelle qu'elle fût, paraissait dans l'affliction, mais elle pouvait n'être pas prisonnière.
Pendant qu'elle hésitait, la voix se fit entendre encore; elle appela Ludovico. Emilie reconnut Annette, et dans sa joie s'approcha pour répondre.
—Ludovico! criait Annette en sanglotant, Ludovico!
—C'est moi, dit Emilie en essayant d'ouvrir la porte. Eh! comment êtes-vous là? qui vous a renfermée?
—Ludovico! disait Annette; Ludovico!
—Ce n'est pas Ludovico; c'est moi, c'est Emilie.
Annette cessa de sangloter, et ne dit plus rien.