En se retournant dans ce dessein, elle aperçut sur les degrés du second étage une nouvelle trace de sang; elle remonta. A mesure qu'elle avançait, le sang devenait plus visible.

Il la conduisit à une porte qui terminait l'escalier. Emilie ne pouvait plus marcher. Si près de la dernière certitude, elle redoutait de l'acquérir.

Elle mit enfin sa main sur la serrure, elle la trouva fermée. Elle appela madame Montoni, et un silence glacé succéda seul à sa voix.

—Elle est morte, s'écria-t-elle; elle est tuée; son sang rougit les degrés.

Emilie perdit toute sa force, posa sa lampe et s'assit sur une marche. Lorsque les idées lui revinrent, elle appela encore. Après d'inutiles efforts pour ouvrir, elle descendit de la tour, et revint à son appartement à pas précipités.

En rentrant dans son corridor, elle aperçut Montoni. Emilie, plus que jamais effrayée, se rejeta dans un détour pour l'éviter. Elle l'entendit fermer une porte, et la même qu'elle avait remarquée. Elle écouta ses pas qui s'éloignaient; et quand l'extrême distance ne lui permit plus de les distinguer, elle se glissa chez elle et se mit dans son lit, en conservant sa lampe.

Les teintes grises du matin avaient depuis longtemps éclairci l'horizon, et les yeux d'Emilie n'avaient pu céder au sommeil; mais à la fin, la nature épuisée donna quelques moments de relâche à ses peines.

CHAPITRE XXIII.

Il devenait trop certain, par l'absence prolongée d'Annette, qu'il était arrivé quelque accident à Ludovico, et qu'elle était encore en prison. Emilie résolut donc de visiter la chambre où la pauvre Annette s'était fait entendre, et si cette fille y gémissait encore, d'informer Montoni de sa triste situation.

Elle sortit, et gagna la galerie du sud. Il était midi.