Emilie hésita un peu; mais enfin elle pria Annette de s'éloigner de quelques pas.—Maintenant, mon ami, qu'avez-vous à me dire?

Il se tut un moment comme s'il eût réfléchi, puis il lui dit:

—Je perdrais certainement ma place si cela venait aux oreilles de monsieur. Promettez-moi, mademoiselle, que rien au monde ne vous arrachera une syllabe sur ce que j'ai à vous communiquer. On s'est fié à moi en ceci; et si l'on venait à savoir que j'eusse trahi cette confiance, ma vie peut-être en répondrait. Mais, mademoiselle, j'ai pris de l'intérêt pour vous, et j'ai résolu de tout vous dire. Il se tut.

Emilie le remercia, l'assura de sa discrétion, et le pria de se hâter.

—Annette nous a dit dans la salle combien vous étiez en peine au sujet de madame Montoni, et combien vous désiriez d'être instruite de son sort.

—Cela est vrai, dit Emilie. Si vous le savez, dites-moi ce qu'il a d'affreux: n'hésitez point. Elle s'appuya d'un bras tremblant sur la muraille.

—Je puis vous le dire, dit Bernardin; puis il se tut.

—Mais, quoi! s'écria Emilie en recueillant son courage...

—Me voilà, mademoiselle, dit Annette qui, frappée de cette exclamation, revint tout de suite joindre Emilie.

—Retirez-vous, dit sèchement Bernardin, on n'a pas besoin de vous. Emilie ne dit rien, et Annette obéit.