—Je puis vous le dire, reprit le portier, mais je ne sais pas comment; vous êtes si affligée!
—Je suis toute préparée, mon ami, lui dit Emilie d'une voix ferme et imposante; je soutiendrai mieux une certitude que ce doute cruel.
—Eh bien! mademoiselle, s'il est ainsi, vous allez tout apprendre. Vous savez que monsieur et sa femme s'accordaient mal entre eux: il n'est pas de ma compétence d'en connaître le motif, mais je crois bien que vous savez les résultats...
—C'est bon, dit Emilie. Après?
—Monsieur, à ce qu'il semble, avait eu dernièrement un grand courroux contre elle; je vis tout, j'entendis tout, et beaucoup plus qu'on ne pensait; mais ce n'était pas mon affaire, je ne disais rien. Il y a peu de jours, monsieur m'envoya chercher: Bernardin, me dit-il, vous êtes un honnête homme; je pense que je puis me fier à vous. J'assurai bien Son Excellence qu'il le pouvait. Alors, dit-il, autant que je puis me rappeler ses termes, j'ai une affaire sur les bras, et vous pouvez me servir. Il me dit ce que j'avais à faire. Mais quant à cela, je n'en dirai rien: ça ne regardait que madame.
—O ciel! qu'avez-vous fait? dit Emilie.
Bernardin hésita, et se tut.
—Quelle furie pouvait le porter et vous porter vous-même à un acte si détestable? s'écria Emilie glacée d'horreur et presque incapable de se soutenir.
—Ce fut une furie, dit Bernardin d'une voix sombre. Ils restaient tous deux en silence. Emilie n'avait pas le courage d'en demander plus. Bernardin semblait craindre de s'expliquer plus en détail; il lui dit à la fin: il est inutile de revenir sur le passé; monsieur ne fut que trop cruel, mais il voulait être obéi... Qu'aurait servi de m'y refuser? il en aurait trouvé de moins scrupuleux que moi.
—Vous l'avez tuée? dit Emilie avec une voix capable à peine d'articuler; c'est à un meurtrier que je parle! Bernardin se tut, et Emilie se détournant fut prête à lui quitter.