—Restez, mademoiselle, lui dit-il; vous mériteriez de le croire encore, puisque vous m'en jugez capable.

—Si vous êtes innocent, dites-le-moi vite, dit Emilie presque mourante; je n'ai pas assez de force pour vous écouter plus longtemps.

—Je ne vous dirai plus rien, dit-il en s'éloignant. Emilie eut encore assez de courage pour le rappeler et pour se rapprocher d'Annette. Elle prit son bras, et toutes deux marchèrent sur le rempart, jusqu'à ce qu'elles entendirent quelques pas derrière elles: c'était Bernardin de retour.

—Renvoyez cette fille, dit-il à Emilie; je vous dirai tout.

—Non, reprit Emilie, elle peut entendre tout ce que vous avez à me dire.

—Le peut-elle, mademoiselle? lui dit-il; vous n'en saurez donc pas davantage. Il se retirait, quoique lentement; mais l'anxiété d'Emilie, surmontant le ressentiment que la crainte de cet homme lui inspirait, elle le pria de rester, et s'éloigna d'Annette.

—Madame, dit-il, est vivante pour moi seul; elle est ma prisonnière. Son Excellence l'a enfermée dans la chambre au-dessus du portail, et m'en a confié le soin. J'allais vous dire que vous pouviez la voir; mais maintenant...

Emilie soulagée, à ces mots, d'une inexprimable angoisse, pria Bernardin de vouloir bien lui pardonner, et le conjura de lui faire voir sa tante.

Il s'y prêta avec moins de répugnance qu'elle ne s'y attendait. Il lui dit que la nuit suivante, quand M. Montoni serait au lit, si elle voulait se rendre aux dernières portes du château, elle pourrait peut-être voir madame Montoni.

Au milieu de la reconnaissance que cette faveur lui inspirait, Emilie crut apercevoir dans ses regards une certaine satisfaction maligne pendant qu'il prononça ces derniers mots. Dans le premier moment, elle chassa cette pensée, elle le remercia de nouveau, recommanda sa tante à sa pitié, l'assura bien qu'elle le récompenserait elle-même, et serait exacte au rendez-vous; ensuite elle lui souhaita le bonsoir, et se retira sans bruit dans son appartement.