Elle se tourna ensuite toute tremblante vers Annette, qui alors plus effrayée, s'avança vers la porte pour aller engager une des servantes à passer la nuit avec elle. Emilie, la voyant s'éloigner, la rappela par son nom, et de sa voix si douce et si plaintive, la conjura de ne pas l'abandonner aussi. Depuis la mort de mon père lui dit-elle, tout le monde m'abandonne.
—Votre père, mademoiselle! dit Annette, il était mort avant que vous me connussiez.
—Il l'était! cela est vrai, dit Emilie. Et ses pleurs commencèrent à couler. Elle pleura longtemps en silence, et devenue un peu plus calme, elle finit par céder au sommeil. Annette avait eu la discrétion de ne point interrompre ses larmes; et cette bonne fille, aussi affectionnée qu'elle était simple, oublia en ce moment toutes les craintes que lui inspirait cette chambre, et veilla seule près d'Emilie pendant toute la nuit.
CHAPITRE XXVI.
Les forces, les esprits d'Emilie se rafraîchirent par le sommeil. En se réveillant elle vit avec surprise Annette endormie sur un fauteuil près d'elle, et s'efforça de se rappeler les circonstances de la soirée, qui étaient tellement sorties de sa mémoire, qu'il ne paraissait pas en rester aucune trace; elle fixait encore sur Annette des yeux surpris, quand cette dernière s'éveilla.
—Oh! ma chère demoiselle, me reconnaissez-vous? s'écria-t-elle.
—Si je vous reconnais! Assurément, dit Emilie: vous êtes Annette; mais comment donc êtes-vous ici?
—Oh! vous avez été bien mal, mademoiselle, bien mal, en vérité; et j'ai cru...
—C'est singulier, dit Emilie, essayant de se rappeler le passé; mais je crois me souvenir qu'un songe pénible a fatigué mon imagination. Grand Dieu, ajouta-t-elle, en tressaillant soudain! Certainement, ce n'était qu'un songe.
Elle fixa alors un regard d'effroi sur Annette, qui voulant la tranquilliser, lui répondit:—Ce n'était pas un songe; mais tout est fini maintenant.