Quand la nuit revint, Emilie se rappela la musique mystérieuse qu'elle avait déjà entendue; elle y prenait encore une espèce d'intérêt, et espérait sentir quelque soulagement de sa douceur. Elle alla mille fois à la fenêtre pour écouter les sons qu'elle attendait; elle crut un moment avoir entendu une voix, mais tout resta tranquille, et elle se crut trompée par son imagination.

Ainsi passa le temps jusqu'à minuit. A ce moment, tous les bruits éloignés qui murmuraient dans l'enceinte du château s'assoupirent presque à la fois, et le sommeil sembla régner partout. Emilie se mit à la fenêtre, et fut tirée de sa rêverie par des sons fort extraordinaires; ce n'était pas une harmonie, mais les murmures secrets d'une personne désolée. En écoutant, le cœur lui manqua de terreur, et elle demeura convaincue que les premiers accords n'avaient été qu'imaginaires. Elle se pencha sur la fenêtre pour découvrir quelque lumière: les chambres, autant qu'elle en pouvait juger, étaient toutes dans les ténèbres; mais à peu de distance, sur le rempart, elle crut apercevoir quelque chose en mouvement.

Le faible éclat que donnaient les étoiles ne lui permettait pas de distinguer précisément: elle jugea que c'était une sentinelle de garde, et mit de côté la lumière, pour observer avec loisir sans être elle-même remarquée.

Le même objet reparut; il se glissa tout le long du rempart et se trouva près de la fenêtre. Elle reconnut une figure humaine; mais le silence avec lequel elle s'avançait lui fit penser que ce n'était pas une sentinelle. On approcha, Emilie hésitait, une vive curiosité l'engageait à rester; une crainte qu'elle ne pouvait pas expliquer l'avertissait de se retirer.

Pendant cette irrésolution, la figure se plaça en face et y resta sans mouvement. Tout était en repos; ce silence profond, cette figure mystérieuse la frappèrent tellement, qu'elle allait quitter sa fenêtre, lorsqu'elle vit la figure se glisser le long du parapet et s'évanouir enfin dans l'obscurité de la nuit. Emilie rêva quelque temps, et rentra dans sa chambre occupée de cette étrange circonstance: elle ne doutait presque pas qu'elle n'eût vu une apparition surnaturelle.

Lorsqu'elle fut plus tranquille, elle chercha quelque autre explication; elle se rappela ce qu'elle avait appris des entreprises audacieuses de Montoni. Il lui vint à l'idée qu'elle avait vu un des infortunés pillés par les bandits et devenu leur captif, et que la musique était de lui.

Elle crut ensuite que le comte Morano avait trouvé moyen de s'introduire dans ce château; mais les difficultés, les dangers d'une telle entreprise se présentèrent bientôt à elle.

Elle pensa ensuite que c'était une personne qui voulait s'emparer du château; mais ses tristes soupirs détruisaient cette nouvelle idée.

Elle se détermina à veiller toute la nuit suivante pour s'éclaircir, s'il était possible. Elle se résolut presque à interroger la figure, si elle se montrait de nouveau.

CHAPITRE XXVII.