Elle s'assit sur un banc pour pouvoir se soutenir.

—Si vous désirez la voir, dit Montoni, vous le pouvez; elle est dans la tour de l'orient.

Il la quitta sans attendre de réponse, et rentra au salon de cèdre. Plusieurs des chevaliers, qui n'avaient point encore vu Emilie, commencèrent à le railler sur une telle découverte; mais Montoni ne souriant point à cette gaieté, ils changèrent de conversation.

Après une lutte intérieure, Emilie se détermina à profiter de sa permission et à donner un dernier regard à cette tante infortunée. Elle retourna chez elle dans ce dessein; et pendant le temps qu'elle attendait Annette, elle s'efforça d'acquérir assez de force pour soutenir le spectacle qu'elle allait essuyer. Elle frémissait, mais elle sentait que le souvenir d'avoir rempli son dernier devoir serait pour elle une consolation dans l'avenir.

Annette monta; Emilie lui dit son dessein, et Annette essaya vainement de l'en détourner. Annette, avec beaucoup de difficulté, se laissa engager à venir jusqu'à la tour; mais aucune considération ne l'aurait fait entrer dans la chambre d'un mort.

Elles sortirent du corridor et arrivèrent au pied de l'escalier qu'Emilie connaissait déjà. Annette lui déclara qu'elle n'irait pas plus loin. Emilie monta seule. Quand elle revit la trace de sang, le courage lui manqua; elle fut contrainte de s'arrêter et fut au moment de descendre. Une pause de quelques minutes ranima sa résolution, et elle continua de monter.

En arrivant sur le palier du haut, Emilie se souvint que cette porte avait été fermée; elle craignait qu'elle ne le fût encore. Elle fut trompée sous ce rapport. La porte s'ouvrit sous sa main et l'introduisit dans une chambre sombre et déserte. Elle la considéra avec une extrême crainte, avança lentement, et entendit une voix sourde qui parlait. Incapable de parler elle-même ou de faire un seul mouvement, Emilie ne jeta pas un cri. La voix parla encore: et lui trouvant une ressemblance à celle de madame Montoni, Emilie reprit du courage. Elle s'approcha du lit, qui se trouvait au bout; elle ouvrit les rideaux; elle y trouva une figure maigre et pâle: elle tressaillit: elle avança et prit en frémissant la main que tendait le squelette. Elle quitta ensuite cette main et considéra le visage avec des regards incertains. C'était madame Montoni, mais à tel point défigurée qu'à peine ses traits actuels donnaient-ils le souvenir de ce qu'elle avait été. Elle vivait encore; et, levant les yeux, elle les tourna sur sa nièce.

—Où avez-vous donc été si longtemps? dit-elle du même son de voix. Je pensais que vous m'aviez abandonnée.

—Vivez-vous, dit enfin Emilie, ou bien n'est-ce qu'une apparition?

—Je vis, lui dit madame Montoni; mais je sens que je vais mourir.