Emilie lui saisit la main et la pressa en gémissant. Elles furent quelque temps en silence. Emilie tâcha de la consoler, et lui demanda ce qui l'avait réduite à l'état où elle la voyait.

En la faisant enlever sur l'invraisemblable soupçon qu'elle avait attenté à sa vie, Montoni avait exigé de ses agents le plus profond secret sur elle. Il avait alors deux motifs, la priver des consolations d'Emilie, et se ménager l'occasion de la faire périr sans éclat, si quelque circonstance confirmait ses soupçons actuels. La conscience de la haine qu'il avait dû mériter d'elle, l'avait conduit naturellement à l'accuser d'une tentative qu'on essayait contre sa vie. Il n'avait pas d'autres raisons pour la supposer criminelle, et ne laissait pas de croire encore qu'elle l'était. Il l'abandonna dans cette tour à la plus rigoureuse captivité. Sans remords, sans pitié, il la laissa languir en proie à une fièvre dévorante qui l'avait mise enfin aux portes du tombeau.

La trace de sang qu'Emilie vit dans l'escalier avait coulé d'une blessure que l'un des satellites de Montoni avait reçue pendant le combat, et qui s'était débandée en marchant. Pendant la nuit, ces hommes se contentèrent d'enfermer bien leur prisonnière, et cessèrent de la garder. C'est donc ainsi qu'à la première recherche Emilie trouva cette tour déserte et silencieuse.

Emilie, après mille questions à madame Montoni sur elle-même, la laissa seule, et chercha Montoni. L'intérêt si touchant qu'elle sentait pour sa tante, lui faisait oublier à quel ressentiment ses remontrances l'exposeraient, et le peu d'apparence qu'elle pût obtenir ce qu'elle allait lui demander.

—Madame Montoni est mourante, monsieur, dit Emilie aussitôt qu'elle le vit; votre courroux sans doute ne la poursuivra pas jusqu'au dernier moment. Souffrez qu'on la reporte à son appartement, et qu'on lui procure sans délai tous les soulagements nécessaires.

—A quoi cela servira-t-il, si elle se meurt? dit Montoni avec une apparente indifférence.

—Cela servira, monsieur, à vous épargner quelques-uns des remords que vous souffrirez certainement lorsque vous serez dans sa situation.

Pendant longtemps il résista à ses paroles et à ses regards. Mais à la fin, la pitié qui semblait avoir emprunté les traits expressifs d'Emilie, réussit à toucher son cœur. Il se tourna, honteux d'un bon mouvement; et tour à tour inflexible, attendri, il consentit qu'on la remît chez elle, et qu'Emilie pût lui rendre des soins. Craignant tout à la fois, et que ce secours ne vînt trop tard, et que Montoni ne se rétractât, Emilie prit à peine le temps de l'en remercier; mais, aidée par Annette, elle prépara promptement le lit de madame Montoni, et lui porta un restaurant qui la mit en état de soutenir le transport.

A peine était-elle arrivée chez elle, que son époux redonna l'ordre de la laisser au fond de la tour. Emilie, satisfaite d'avoir pris une telle diligence, se hâta de l'aller trouver. Elle lui représenta qu'un second trajet deviendrait fatal, et il permit que sa femme restât dans son appartement.

Quand la nuit fut venue, elle voulait la passer près d'elle, mais sa tante s'y opposa absolument; elle exigea qu'elle allât prendre du repos, et qu'Annette seule restât près d'elle. Le repos véritablement était bien nécessaire à Emilie, après les secousses et les mouvements de ce jour; mais elle ne voulut pas quitter madame Montoni avant l'heure de minuit, époque que les médecins regardent comme critique.