Il fut interrompu par un gémissement qui semblait s'élever de dessous la chambre où ils étaient. Il porta ses regards autour de lui. L'impatience et la rage étincelaient dans ses yeux; quelque chose, néanmoins, comme une ombre de crainte, sembla passer dans sa physionomie. Emilie s'assit sur une chaise près de la porte, parce que les mouvements qu'elle avait ressentis avaient, pour ainsi dire, anéanti ses forces. Montoni fit à peine une pause d'un instant, et commandant à ses traits, il reprit son discours d'une voix plus basse, mais plus sévère:
—J'ai dit que je pouvais vous fournir d'autres exemples de mon pouvoir et de mon caractère; vous ne le concevez pas, ou vous n'oseriez le défier. Je pourrais vous prouver que ma résolution prise... Mais je parle à un enfant. Je le répète, ces exemples terribles que je pourrais vous citer maintenant ne vous serviraient à rien; votre repentir finirait vos oppositions, que maintenant il ne m'apaiserait pas. Je serai vengé; je me ferai justice.
Un autre gémissement succéda au discours de Montoni.
—Sortez, dit-il, sans paraître prendre garde à un incident si étrange.
Hors d'état d'implorer sa pitié, Emilie se leva pour sortir, mais elle ne pouvait se soutenir; succombant sous le poids de la terreur, elle retomba sur la même chaise.
—Otez-vous de ma présence, continua Montoni; cette affectation de crainte convient mal à une héroïne qui a osé braver toute mon indignation.
—N'avez-vous rien entendu, signor? dit Emilie tremblante et hors d'état de se retirer.
—J'entends ma voix, dit Montoni avec sévérité.
—Rien autre chose? dit Emilie, qui s'énonçait avec difficulté. Encore! n'entendez-vous rien maintenant?
—Obéissez, répéta Montoni. Quant à ces indécentes plaisanteries, je saurai bientôt découvrir quel est celui qui se les permet.