Emilie se leva encore, et fit un effort pour sortir. Montoni la suivit; mais au lieu d'appeler ses domestiques pour faire une recherche dans sa chambre, comme une première fois il l'avait pratiqué, il se retira sur le rempart.

Emilie, dans son corridor, s'arrêta un moment près d'une fenêtre ouverte; elle vit un détachement des troupes de Montoni qui descendait des montagnes éloignées. Elle n'y fit attention que parce qu'elle pensa aux infortunés prisonniers que peut-être ils amenaient au château. A la fin, arrivée chez elle, elle se jeta sur un fauteuil, accablée des horreurs nouvelles qui aggravaient sa situation. Elle ne pouvait ni se repentir, ni s'applaudir de sa conduite; elle se rappelait seulement qu'elle était au pouvoir d'un homme qui ne connaissait de règle que sa propre volonté. La surprise, les terreurs de la superstition, qui d'abord l'avaient agitée, cédèrent un instant à celles de la raison.

Elle fut à la fin tirée de sa rêverie par un mélange de voix et de hennissements de chevaux, que le vent apportait des cours. Une soudaine espérance de quelque heureux changement s'offrit à elle; mais elle songea aux troupes qu'elle avait vues de la fenêtre, et pensa qu'elles étaient celles dont Annette avait dit qu'on attendait le retour.

Bientôt après, elle entendit faiblement un grand nombre de voix dans les salles. Le bruit des chevaux cessa, et un silence complet suivit. Emilie écoutait attentivement, tâchant de reconnaître les pas d'Annette dans le corridor. Tout était calme. Tout à coup le château sembla s'ébranler de confusion. Elle entendit retentir les échos de pas précipités, d'allées, de venues, dans les salles, dans les passages, des discours véhéments sur le rempart. Elle courut à la fenêtre; elle vit Montoni et d'autres officiers, appuyés sur les parapets, et occupés des retranchements, tandis que des soldats disposaient des canons. Elle regardait presque sans réfléchir.

Annette à la fin arriva; mais elle ne savait rien au sujet de Valancourt.—Ils prétendent tous, mademoiselle, dit Annette, ne rien savoir touchant les prisonniers: mais il y a ici de belles affaires! La troupe est arrivée, mademoiselle, elle revenait bon train, au risque de tout écraser; on ne savait qui, du cheval ou du cavalier, entrerait le premier sous la voûte. Ils ont apporté des nouvelles.—Quelles nouvelles?—Ils ont apporté la nouvelle qu'un parti des ennemis, comme ils disent, vient sur leurs pas attaquer le château. Ainsi, je pense, tous les officiers de justice vont l'assiéger, tous ces terribles personnages qu'on rencontrait souvent à Venise.

—Mon Dieu! je vous rends grâce, dit Emilie avec ferveur. Il me reste quelque espérance.

—Que voulez-vous dire, mademoiselle? Voudriez-vous tomber dans les mains de ces gens-là? Je tremblais en passant près d'eux, et j'aurais deviné ce qu'ils étaient, si Ludovico ne me l'eût pas dit.

—Nous ne pouvons pas être plus mal que nous ne sommes ici, dit Emilie. Mais quelle raison avez-vous de croire que ce soient des officiers de justice?

—C'est que tous nos gens, mademoiselle, sont dans une frayeur, dans un trouble! Je ne connais que la justice qui puisse les faire trembler ainsi. Je pensais que rien ne les épouvanterait, à moins que ce ne fût un revenant; mais à présent il y en a qui se fourrent dans les caves. Ne dites pas cela à monsieur, mademoiselle. J'en ai entendu deux qui disaient...—Sainte Vierge! qu'avez-vous, mademoiselle; vous êtes bouleversée? Vous ne m'écoutez pas.

—Je vous écoute, Annette; continuez, je vous prie.