Thérèse pleura en recevant l'anneau; mais c'était plutôt d'attendrissement que par l'effet d'aucun pressentiment. Avant qu'elle eût pu répliquer, Valancourt était parti; elle le suivit jusqu'à la porte, en l'appelant par son nom, et le suppliant de rentrer. Elle ne reçut aucune réponse, et ne le vit plus.

CHAPITRE XLI.

Le lendemain matin Emilie, dans le cabinet qui joignait la bibliothèque, réfléchissait à la scène de la veille. Annette accourut auprès d'elle, et tomba hors d'haleine sur une chaise. Il se passa du temps avant qu'elle pût répondre aux questions d'Emilie; à la fin elle s'écria:—J'ai vu son esprit, mademoiselle; oui, j'ai vu son esprit!—Que voulez-vous dire? reprit Emilie impatiemment.—Il est sorti du vestibule, mademoiselle, dit Annette, comme je traversais le salon.—Mais de qui parlez-vous? répéta Emilie. Qui est sorti du vestibule?—Il était habillé comme je l'ai vu cent fois, dit Annette. Ah! qui l'aurait pensé?

Emilie excédée allait lui reprocher sa crédulité ridicule, quand un domestique vint lui dire qu'un étranger demandait à lui parler.

Emilie s'imagina aussitôt que cet étranger était Valancourt; elle répondit qu'elle était occupée, et qu'elle ne voulait voir personne.

Le domestique rentra; l'étranger lui faisait dire qu'il avait des choses importantes à lui communiquer. Annette, qui jusque-là était demeurée muette et surprise, tressaillit alors, et s'écria:—Oui, c'est Ludovico! oui, c'est Ludovico! Elle courut hors de la chambre. Emilie ordonna au domestique de la suivre, et si c'était réellement Ludovico de le faire entrer sur-le-champ.

L'instant d'après, Ludovico parut, accompagné d'Annette. La joie faisait oublier à Annette toutes les convenances; elle ne permettait pas que personne parlât qu'elle. Emilie exprima sa surprise et sa satisfaction en revoyant Ludovico. Sa première émotion augmenta quand elle ouvrit les lettres du comte de Villefort et de Blanche, qui l'informaient de leur aventure et de leur situation dans une auberge au fond des Pyrénées. Ils y avaient été retenus par l'état de M. Sainte-Foix, et l'indisposition de Blanche. Mais cette dernière ajoutait que le baron de Sainte-Foix venait d'arriver; qu'il allait ramener son fils à son château jusqu'à la guérison de ses blessures, et qu'elle, avec son père, continuerait sa route pour le Languedoc; ils comptaient toujours passer à la vallée, et se proposaient d'y être le lendemain. Elle priait Emilie de se trouver à ses noces, et de les accompagner au château de Blangy. Elle laissait à Ludovico le soin de raconter lui-même ses aventures. Emilie, quoique fort empressée de découvrir comment il avait disparu de l'appartement du nord, eut le courage de suspendre cette jouissance jusqu'à ce qu'il se fût rafraîchi, et qu'il eût entretenu la trop heureuse Annette. La joie d'Annette n'eût pas été plus extravagante quand il serait revenu du tombeau.

Emilie, pendant ce temps, relut les lettres de ses amis. L'expression de leur estime et de leur attachement était en ce moment bien nécessaire à la consolation de son cœur: sa tristesse, ses regrets avaient pris, par la dernière entrevue, une nouvelle amertume.

L'invitation de se rendre au château de Blangy était faite par le comte et sa fille avec la plus tendre affection. La comtesse y joignait la sienne. L'occasion en était si importante pour son amie, qu'Emilie ne pouvait s'y refuser. Elle eût désiré de ne point quitter les ombrages paisibles de sa demeure: mais elle sentait l'inconvenance d'y rester seule pendant que Valancourt était encore dans le voisinage; quelquefois aussi elle pensait que le déplacement et la société réussiraient mieux que la retraite à tranquilliser son esprit.

Il obéit au même instant. Annette, qui n'avait pas eu le temps de lui faire assez de questions, se préparait à écouter avec une curiosité dévorante. Elle fit auparavant ressouvenir sa maîtresse, et de l'incrédulité qu'elle montrait à Udolphe au sujet des esprits, et de sa propre sagesse en y croyant si fort. Emilie rougit malgré elle en songeant à la confiance que dernièrement elle y avait donnée; elle observa seulement que, si l'aventure de Ludovico avait pu justifier la superstition d'Annette, il ne serait pas là pour la lui raconter.