—Je crains pour toi, ma bonne Annette, dit Emilie. Il me semble que ses vers ont emporté ton cœur. Mais laissez-moi vous conseiller, s'il est ainsi, de bien garder le secret, et surtout ne pas lui laisser savoir.
—Ah! mademoiselle, comment peut-on garder un secret comme celui-là?
—A présent, Annette, je me trouve tout à fait remise, et vous pouvez me laisser.
—Oh! mais, mademoiselle, j'ai oublié de vous demander comment vous aviez pu reposer dans cette vieille et affreuse chambre la nuit dernière.—Comme à l'ordinaire.—Vous n'avez donc entendu aucun bruit?—Aucun.—Ni rien vu?—Rien du tout.—Cela est surprenant.—Pas le moins du monde. Mais vous, dites-moi, à quel propos de pareilles questions?
—O mademoiselle! je ne voudrais pas vous le dire pour l'or du monde, ni tout ce que j'ai ouï raconter sur cette chambre: cela vous effrayerait trop.
—Si c'est pour cela, vous m'avez déjà effrayée. Vous pouvez me dire tout ce que vous en savez, sans charger en rien votre conscience.
—O Seigneur! on dit qu'il revient dans cette chambre, et cela, depuis bien longtemps.
—S'il y revient, c'est un esprit qui sait bien fermer les verrous, dit Emilie en s'efforçant de sourire malgré ses craintes. J'ai laissé hier au soir cette porte ouverte, et ce matin je l'ai trouvée fermée.
Annette devint pâle, et ne dit mot.
—Avez-vous entendu dire que quelque domestique ait fermé cette porte ce matin, avant que je me levasse?