Emilie tomba sur sa chaise.—Restez, Annette, dit-elle languissamment, ne me laissez point. Je vais me remettre... ouvrez la fenêtre... Le comte, dites-vous? Est-il en bas?

—Qui? moi? le comte? Non, mademoiselle, je n'en ai pas parlé; il n'est pas ici. Non, mademoiselle.

—En êtes-vous bien sûre?

—Dieu soit béni, reprit Annette, vous êtes bien vite revenue. En vérité, je vous croyais mourante.

—Mais le comte, vous êtes bien sûre qu'il n'est pas là?

—Oh! oui, bien sûre, mademoiselle. Je regardais par une grille dans la tourelle du nord, quand les voitures sont arrivées; je ne m'attendais pas à une vue si désirée dans cette affreuse citadelle.

—C'est bon, Annette; je me trouve déjà beaucoup mieux.

—Oui, mademoiselle, je vois cela. Oh! tous les domestiques vont mener joyeuse vie! Nous irons danser et chanter dans la petite salle, parce que là monsieur ne pourra pas nous entendre. Et puis les drôles d'histoires! Ludovico est arrivé, mademoiselle; Ludovico est venu avec eux. Vous vous souvenez de Ludovico, mademoiselle?

—Non, dit Emilie, fatiguée de son bavardage.

—Quoi! mademoiselle, vous ne vous rappelez pas Ludovico, celui qui manœuvrait la gondole du cavalier à la dernière régate, et qui gagna le prix; celui qui chantait de si jolis vers sur Roland, sur les Maures et Charle... Charle... magne... Oui, c'était le nom, et toujours sous ma jalousie, au portique d'occident, au clair de lune à Venise. Oh! comme je l'écoutais!