L'air de la nuit brise de tristesse les vivants, il est secret, étrange, humide, plein de mystères et de signes, mais il est familier aux morts, il est agréable aux feuillages. Les morts et les arbres n'ont pas peur la nuit…

Et si, dans cet air noir des nuits d'été, parfumé de frais tilleul, de vanille, de laurier, il passe un chant de jeune homme, une de ces chansons langoureuses, par lesquelles, sur la douce terre, on aime, — car, vous le savez, on aime par les chansons et les nerfs, par les parfums et le sang, enfin par la volupté, — s'il passe une de ces chansons prenez-la, elle est pour vous ; ah! mieux que le rossignol, le passionné rossignol, plairont à votre ombre tendre des cris que jettent le soir les sensuels jeunes hommes…


Dans la chambre, la vieille gouvernante d'Élisabeth, qui depuis le matin pleurait, s'arrêtait de pleurer, commençait à s'habituer ; depuis quatorze heures que durait cette agonie, elle acceptait la fin de son enfant, c'était une chose qui ne l'étonnait plus, qui s'établissait, qui allait vers l'avenir.

On percevait les bruits habituels de la maison, les portes, et le rire des enfants. Antoine Arnault ne bougeait pas. Autour du lit de la jeune fille Martin Lenôtre était actif et adroit, occupé comme un ouvrier, et par moments il s'asseyait et paraissait attendre.

Le ciel changeait. A huit heures il y eut une bourrasque de pluie. Élisabeth regardait du côté de la fenêtre : dans le pin luisant d'eau un oiseau s'effrayait ; le vent balançait la branche et l'oiseau. La pluie entrait, Martin se leva et ferma la fenêtre.

Vers neuf heures du soir Élisabeth poussa un calme soupir. Antoine ne semblait point avoir compris.


Comme Élisabeth était morte ce soir-là, Antoine Arnault mourut quelques jours après ; ainsi il lui témoignait son amour.

Mais comment put-il jamais lui témoigner son amitié, qui était au-dessus de son amour…