Étendant sur le ciel bleu sa verdure subtile et délicieuse, la branche large du cèdre semble une fougère géante pressée sur un herbier divin…
L'azur est aujourd'hui si fort, que si on le regarde longtemps il aveugle ; il crépite, il tourbillonne, il s'emplit de vrilles d'or, de givre chaud, de diamants pointus, radieux, de flèches, de mouches d'argent…
Il est tel que l'on n'a besoin de rien pour être heureux, ni de la musique, ni d'un bel espoir ni de son amant. On est heureux, parce que le ciel descend jusque sous nos pieds et nous élève dans la nue.
Vous, sous la terre, Élisabeth, serez une morte voilée. Ah! que vous avez cherché la vie! Petite fille on vous voyait poursuivre des parfums dans l'air pour leur dire : je vous aime.
S'il fallait que votre être rendît à la nature exactement ce que vous avez pris d'elle, toute une moitié de votre âme retournerait à la rose.
Dans le jardin, sous vos fenêtres, un petit cerisier fleurit.
Vous serez morte, Élisabeth, vous dont le regard brillait d'amour à l'aurore, quand, de la baie bleue d'Antibes, vous voyiez se lever sur les Méditerranées l'île de Corse flamboyante…
Vous avez respiré l'espace avec tant de profonds élans que toute votre chair reste pénétrée d'aromes. Vous fûtes une telle créature humaine, que dans votre cœur vous asservissiez le monde, et la lune du soir était une de vos suivantes, et l'aurore votre demoiselle d'honneur. Mais un petit cerisier qui fleurit est plus éternel que vous.
Voyez-le, tout couvert de ses blanches fleurs, innocent, aveugle et doux, il est la vie et la vie…
Peut-être, Élisabeth, serez-vous un petit cerisier blanc. Ah! que l'air est las, ce soir, il tombe comme un châle de soie dont on ne tient plus les bords. Peut-être serez-vous un petit cerisier blanc. Vous aurez plus de trente fines branches qui joueront avec la nuit. Être un arbre blanc dans la nuit c'est toute la poésie…