Comme on se quittait, au bas de l'escalier qui menait vers les chambres, Corinne souhaita le bonsoir à son père et aux autres personnes, et affirma qu'elle ne prendrait pas froid à rester encore quelques instants dans le salon, penchée à la fenêtre noire.

Antoine Arnault la quittait à regret ; quand il se trouva dans sa chambre, il pensa à laisser la porte ouverte sur le vestibule, afin de voir passer la jeune fille au moment où elle remonterait chez elle.

Il alluma sa lampe, il prit un livre et s'assit.

Il lisait les dernières pages d'Atala et puis il lut René. Les hautes phrases mélodieuses frappaient son cœur, en même temps qu'un subtil ennui, le sentiment d'une beauté morte décomposaient son plaisir.

« Pourtant, soupirait-il, Chateaubriand! vous êtes l'orage et le héros, le pur contour et les sommets ; vous êtes le vase dans la nuée!

Un bruit de pas retentit, une robe légère remuait, la jeune fille montait l'escalier. Antoine l'attendit, le visage penché sur son livre.

Corinne en avançant vit la lumière ; elle voulut passer, s'arrêta pourtant, et, avec embarras, elle dit :

— Vous avez de la lumière…

Il répondit, s'étant levé :

— Je lisais.