Aux jeunes écrivains de France,
à ceux dont la sympathie
m'a chaque jour dans mon travail aidée,
je dédie ce livre.

A. N.

LA DOMINATION

I

Antoine Arnault riait doucement de plaisir en regardant devant lui l'azur du soir, où chaque marronnier semblait un jardin solitaire et haut.

A demi couché dans la grêle voiture qui le conduisait le long de l'avenue, satisfait, il pensait à soi.

Il se sentait en cet instant le cœur léger et libre. La vie devant lui était si belle qu'il la prenait dans ses deux mains, lui souriait, la baisait comme un visage.

Il avait vingt-six ans. Le second livre qu'il venait d'écrire le rendait célèbre, et, las d'une liaison qui durait depuis trois années, il avait la veille rompu avec sa maîtresse.

Ah! comme il se sentait empli de force, de plaisir, d'adresse et de mélancolie!

La tête renversée, il regardait le soleil couchant, la cime pâlie des arbres, toutes les douces formes de l'espace et il pensait :