A saint-Blaise, à la Zuecca,

Dans les prés fleuris cueillir la verveine…

Parfois encore, il rêvait au milieu des ténèbres, goûtant l'odeur de l'eau, de l'algue et du goudron, respirant la nuit, qui là-bas est juvénile, belle comme un matin noir…

La fierté que lui donnaient maintenant son œuvre et la familiarité qu'il prenait avec Venise, modifiaient ses désirs. Il quitta la solitude, revit la comtesse Albi.

Il n'avait pas d'amour pour elle, mais un respectueux désir de s'employer auprès d'elle, un goût délicat de la servir ou de l'offenser.

Il supportait mal la présence du comte et les brusques apparitions de mademoiselle Émilie Tournay, la confidente, l'amie de la comtesse, une jeune Française qu'il jugeait audacieuse et vulgaire.

Mais il voyait Donna Marie plus librement qu'il ne l'avait espéré : le comte s'ennuyait à Venise ; secret et sournois, il s'absentait fréquemment, allait à Florence, à Rome ; et bientôt, assuré de la facilité de la voir souvent, Antoine n'eut plus qu'à chercher le moyen d'attirer dans ses bras cette jeune femme mélancolique et dévouée, dont le beau visage innocent ne se tenait si droit que par éducation et par orgueil.

Il chercha longtemps ce moyen.

Il s'empressait à tout. Il ramassait le petit mouchoir tombé ; offrait un livre frivole et sensuel ; ne parlait pas et, tout d'un coup, parlait beaucoup ; semblait triste ou simulait l'indifférence…

La comtesse accueillait ces changements avec douceur et amabilité. Antoine Arnault s'irritait de sentir qu'il lui apportait de l'amusement sans rien retirer d'elle. Ce n'est pas cela qu'il avait voulu ; on le volait.