Là, elle se guérit, redevient vive et ménagère, refait les bouquets des vases, s'amuse, se rhabille, se déshabille, et, dans les bras d'Antoine, reprend son agonie enivrée, ses pâmoisons, ses syncopes voluptueuses.

Et puis elle s'en va gentiment, pleurant, riant, puérile, coquette, ayant retrouvé sa santé.

Antoine ne sait ce qu'il doit ressentir. Cette fille vulgaire, subtile et malade lui laisse pendant une heure encore un fort parfum. Reconnaissant d'avoir suscité de tels troubles, il estime cette adroite forcenée. D'un corps rude, et déjà fané à vingt-cinq ans, elle fait une âme nuancée qui brûle, se glace, soupire, mord, meurt.

Est-il dégoûté, la désire-t-il encore? Il ne sait. Mais il sent qu'en somme c'est fini. Il n'attend pas de réelle distraction de cette sultane-servante ; elle n'est entrée ni dans son âme, ni dans sa vanité.

La comtesse, la précieuse, le saura-t-elle? Souffrira-t-elle?

C'est cela qu'il faut chercher.

X

Antoine Arnault reçoit le matin Émilie Tournay, tandis que la comtesse vient le soir.

Plus à son aise, mademoiselle Tournay maintenant se repose, flâne, cause, et Antoine voit bien, avec soulagement, qu'elle ignore les relations que Donna Marie et lui ont ensemble.

D'ailleurs, elle n'est point méchante ni perfide ; elle semble attachée à Marie. Si elle est la maîtresse du comte, Antoine ne s'obstine pas à le savoir ; il n'ose demander si le comte éprouve de la passion pour sa femme, s'il est exigeant… Ah! comme ce secret lui perce le cœur! Et, blessé de dégoût et d'humilité à la pensée de ce partage, se vengeant de Donna Marie qui, le soir, innocente et confiante, lui dit : « Il faut toute la vie me rester fidèle… » il ne repousse point les caresses de cette autre jeune femme.