O pays de la valse et des larmes sans peines,
Pays où la musique est un vin plus hardi,
Qui, sans blâme et sans heurts, furtivement amène
Les cœurs penchants et las vers le sûr paradis
Des regards emmêlés et des chaleurs humaines,

Combien vous m’avez fait souffrir, lorsque, rêvant
Seule, sur les jardins où les parfums insistent,
J’écoutais haleter le désarroi du vent,
Tandis qu’au noir beffroi, l’horloge, noble et triste,
Transmettait de sa voix lugubre de trappiste
Le menaçant appel des morts vers les vivants!

Oui, je songe à ces soirs d’un mois de mai trop tiède,
Où tous les rossignols se liguaient contre moi,
Où la lente asphyxie amoureuse des bois
Me désolait d’espoir sans me venir en aide;
Les sureaux soupiraient leurs chancelants parfums;
La ville aux toits baissés, comme une jeune abbesse,
Paraissait écarter ses vantaux importuns,
Pour savourer l’espace et pleurer de tendresse!

Tout souffrait, languissait, désirait, sans moyen,
Les voluptés de l’âme et la joie inconnue.

Quand serez-vous formé, ineffable lien
Qui saurez rattacher les désirs à la nue?

Je pleurais lentement, pour je ne sais quel deuil
Qui, dans les nuits d’été, secrètement m’oppresse;
Et je sentais couler, sur mes mains en détresse,
Du haut d’un noir sapin qui se balance au seuil
Du romanesque hôtel que la lune caresse,
De mols bourgeons, hachés par des dents d’écureuil...