Je vois bien que tout fleuve orgueilleux a sa rive,
Que tout a sa mesure et son empêchement,
La chance aux yeux divins, rapidement nous prive,
Et quand le sombre amour a pitié, c'est qu'il ment.

Je ne demande pas à l'énigme du monde
Quel dieu favorisait puis délaissait mon coeur,
Ni quel fleuve d'amour, en détournant ses ondes,
A déposé chez moi ce limon de langueur!

Hélas! que tout nous fuit! Comme tout nous rejette!
Comme tout aboutit à ce hideux repos
Qui de la terre fait un immense squelette
Où les foules sans nombre ont aligné leurs os!

—Et maintenant, debout comme les astronomes
Dans les limpides nuits d'Agra et de Philæ,
Je contemple, au-dessus des mondes et des hommes,
Les signes infinis de mon coeur étoilé!…

EN CES JOURS DECHIRANTS…

En ces jours déchirants où le Destin me brave
Et lentement me vainc, Seigneur, soutenez-moi,
Jusqu'au mystique instant que mon coeur entrevoit,
Où je confesserai que la douleur est suave;

Déjà son huile sainte a pénétré mes os;
Je renonce à vouloir, à désirer, à vivre;
Quand l'instinct est rompu, les âmes volent haut…
Douleur, c'est votre poids sacré qui me délivre;
C'est par votre grandeur qu'on atteint au repos…

A MISTRAL

O Mistral, la Mireille antique,
—Chloé qui dansait dans le thym—
Suspend sa flûte bucolique
Au vert laurier de ton jardin!

Elle s'approche et te contemple;
Et, dans le vent rapide et pur,
C'est toi la colonne du temple,
C'est toi l'olivier sur l'azur!