Je vais partir, mon coeur se brise, puisque toi
Tu ne peux plus choisir l'arrêt ou le voyage,
Et que la sombre mort me cache ton visage
Sous le bois et le plomb de ton infime toit.
Je viens, dans la cité pierreuse du silence,
Rêver près de ta tombe, interroger encor
La place aride et creuse où l'on a mis ton corps,
Et connaître par toi ta triste indifférence.
Ainsi je vois les cieux, limpides, arrondis;
Le feuillage léger des tombeaux est vivace;
Lampe exaltante et gaie, à l'heure de midi
Le soleil vient chauffer ton étroite terrasse.
Et tu dors à jamais! Le passé, l'avenir
De leurs fortes parois te pressent et t'enclavent,
Tu ne te défends plus, ô mon timide esclave,
Et tu n'as pas été, puisque tu peux finir.
Tu vivais. Et, moi qui, dès ma pensive enfance,
N'avais pas accepté les durs défis du sort,
J'ai dû te voir entrer, craintif et sans défense,
Dans le sombre accident quotidien de la mort;
Tu dors, mon emmuré, et mon regard qui plonge
Jusqu'à ton front détruit, à jamais cher pour moi,
Ne peut plus t'apporter cette part de mes songes
Qui te plaisait ainsi qu'un mutuel exploit.
—Puisque je n'ai pas pu empêcher ces désastres,
Nature! moi qui fus leur conseil et leur soeur,
Puisque je ne peux pas réveiller la torpeur
Des jeunes corps dormant dans l'étrange moiteur
De vos froids souterrains aux ténébreux pilastres,
Que du moins ma tristesse et son étonnement,
Comme un reproche ardent, flotte éternellement
Entre les tombeaux et les astres!
HELAS, IL PLEUT SUR TOI…
Hélas, il pleut sur toi par delà les faubourgs,
Où ceux qui t'aimaient t'ont laissé, la mort venue,
Dans le froid cimetière où languit tout amour…
Et le fleuve effilé qui coule de la nue
Abat sur toi son bruit tambourinant et sourd!
Il pleut; moi je suis là, sous un abri de toile,
Dans mon jardin d'été, auprès de ma maison;
Je ne t'aperçois plus au bout de l'horizon,
O jeune mort dormant sous de funèbres voiles!
—Le bruit que fait la pluie en touchant les gazons
Semble, dans cette verte et sereine saison,
Un frais fourmillement qui tombe des étoiles…