Et le dédain que j'ai pour la vie usuelle,
Alors que ton esprit lumineux s'est enfui,
M'emplit d'un si lucide et pathétique ennui,
Que le monde mystique à mes sens se révèle,
Avec un évident et ténébreux coup d'aile,
Comme par ses parfums un jardin dans la nuit…
PUISQUE J'AI SU PAR TOI…
Puisque j'ai su par toi que vraiment on mourait,
Visage étroit et froid, ô toi qui fus la vie,
Je suivrai d'un regard sans peur et sans envie,
Ce qui commence ainsi que ce qui disparaît.
C'est toi le premier front que j'ai vu sombre et pâle,
Après avoir connu ton rire illuminé,
Et tu m'as révélé l'inanité finale
Qu'on rejoint et qu'on fuit depuis que l'on est né.
Quels que soient désormais tous les deuils qui m'accablent,
Ces fantômes nouveaux n'enfonceront leurs pas
Que dans tes pas légers imprimés sur le sable,
Et leur cruel départ ne me surprendra pas.
Mais je meurs en songeant à ces futurs trépas,
Tout mon être est lié à des souffles instables,
C'est par vous, mes humains, que je suis périssable!
IL PARAIT QUE LA MORT…
Il paraît que la mort est naturelle et juste,
Que l'esprit s'y soumet, que des êtres, heureux,
Rient après avoir vu ces pâleurs auprès d'eux,
Et qu'ils ont accepté la loi sombre et vétuste.
Mais moi, portant la vie infinie en mon corps,
Je n'ai pas vraiment cru à cet inévitable,
J'ignorais que l'on pût subir l'inacceptable,
Je ne le saurais pas si vous n'étiez pas mort.
Ainsi ce soir est doux, l'ombre s'étend, respire,
Les arbres humectés savourent qu'il ait plu;
Un train siffle, on entend des persiennes qu'on tire,
Tout l'air est bruissant, et tu ne l'entends plus!