Et je disais: «Seigneur, ce bien, ce mal suprême,
Ma chaste volonté ne veut pas le saisir,
Mais mon être infini est autour de moi-même
Un cercle de désir;
Des générations, des siècles, des mémoires
Ont mis leur espérance et leur attente en moi;
Je suis le lieu choisi où leur mystique histoire
Veut périr sur la croix.»
Une âpre, une divine, une ineffable étreinte,
Un baiser que le temps n'a pas encor donné
Attendait, pour jaillir hors de la vaste enceinte,
Que mon désir fût né.
Dans les puissants matins des émeutes d'Athènes
Ainsi courait un peuple ivre, agile, enflammé,
Que la Minerve d'or, debout sur les fontaines,
Ne pouvait pas calmer…
—J'accepte le bonheur comme une austère joie,
Comme un danger robuste, actif et surhumain;
J'obéis en soldat que la Victoire emploie
A mourir en chemin:
Le bonheur, si criblé de balles et d'entailles,
Que ceux qui l'ont connu dans leur chair et leurs os
Viennent rêver le soir sur les champs de bataille
Où gisent les héros…
JE DORMAIS, JE M'EVEILLE…
Je dormais, je m'éveille, et je sens mon malheur.
—Comme un coup de canon qu'on tire dans le coeur,
Vous éclatez en moi, douleur retentissante!
Un instant de sommeil est un faible rempart
Contre la Destinée, assurée et puissante.
Ne verrai-je jamais vos fraternels regards,
N'entendrai-je jamais votre voix rassurante?
Quoi! Même avant la mort, il est de tels départs?
Qui parle en moi? Mon corps, mes pensers sont épars.
Je ne distingue plus ma chambre familière;
Peut-être ma raison a perdu sa lumière?
Un aussi grand chagrin n'est pas net aussitôt;
J'essaierai, mais pourrai-je accepter ce fardeau?