Que seront mes repos, que seront mes voyages
Si je ne vois jamais l'air de votre visage?
Mon esprit, comme une âpre et morne éternité,
Embrasse un monde mort, des astres dévastés.
Je ne peux plus savoir, tant ma vie est exsangue,
Si c'est vous, ou si c'est l'univers qui me manque.
Et même en songe, dans la pensive clarté,
Je me débats encor pour ne pas vous quitter…
ON NE PEUT RIEN VOULOIR…
On ne peut rien vouloir, mais toute chose arrive,
Je ne vous aime pas aujourd'hui tant qu'hier,
Mon coeur n'est plus une eau courant vers votre rive,
Mes pensers sont en moi moins divins, mais plus fiers.
Je sais que l'air est beau, que c'est le temps qui brille,
Que la clarté du jour ne me vient pas de vous,
Et j'entends mon orgueil qui me dit: «Chère fille,
Je suis votre refuge éternel et jaloux.
«Quoi, vous vouliez trahir le désir et l'attente?
Vous vouliez étancher votre soif d'infini?
Vous, reine du désert, qui dormez sous la tente,
Et dont le coeur vorace est toujours impuni?
«Vous qui rêviez la nuit comme un palmier d'Afrique
A qui le vaste ciel arrache des parfums,
Vous avez souhaité cet humble amour unique
Où les pleurs consolés tarissent un à un!
«Vous avez souhaité la tendresse peureuse,
L'élan et la stupeur de l'antique animal;
On n'est pas à la fois enivrée et heureuse,
L'univers dans vos bras n'aura pas de rival;
«Comme le Sahara suffoqué par le sable
Vous brûlerez en vain, sans qu'un limpide amour
Verse à votre chaleur son torrent respirable,
Et vous donne la paix que vous fuiriez toujours…»
—Et, tandis que j'entends cette voix forte et brève,
Je regarde vos mains, en qui j'ai fait tenir
Le flambeau, la moisson, l'évangile et le glaive,
Tout ce qui peut tuer, tout ce qui peut bénir.
Je regarde votre humble et délicat visage
Par qui j'ai voyagé, vogué, chanté, souffert,
Car tous les continents et tous les paysages
Faisaient de votre front mon sensible univers.