«Tu les verras au bord des visages qui rêvent,
Où la pâleur ressemble à des soleils couchants,
Au fond des yeux, tremblants comme un lac où se lève
L'orchestre des flots bleus, des rames et des chants!

«Tu les recueilleras au creux des mains ouvertes
Où coule en fusion l'or de la volupté,
Il n'est pas d'autre azur, ni d'autres forêts vertes
Que ces embrasements plus fauves que l'été!

«L'amour qui me ressemble et qui n'a pas de rives
Te rendra ces transports, ces transes, ces clartés,
Ces changeantes saisons, riantes ou plaintives,
Qui t'avaient attachée à notre immensité.»

—Et je me sens alors hors du monde, infidèle,
Etrangère aux splendeurs des prés délicieux,
Où le feuillage uni et nuancé rappelle
La multiplicité du regard dans les yeux.

Et je reviens à vous, ardente et monastique,
O Méditation, Archange audacieux,
Ville haute et sans borne, éparse et sans portique,
Où mon coeur violent a le pouvoir de Dieu!…

JE NE ME REJOUIS DE RIEN…

Je ne me réjouis de rien, j'ai trop longtemps
Attendu le bonheur qu'enfin ton coeur me donne;
Je ne sais, quand la joie enfin sur moi s'étend,
Si je te remercie ou si je te pardonne…

J'ai gardé la fatigue et la stoïque peur
Du messager antique, entreprenant sa course
Sans savoir s'il mourra de soif ou de chaleur
Avant de rencontrer le platane ou la source.

—Et maintenant ton coeur s'est entr'ouvert au mien,
Tu m'aimes! Mais il n'est plus temps qu'on me délivre.
Je porte un vague amour, plus grave et plus ancien,
Qui t'avait précédé, et ne peut pas te suivre…

DESTIN IMPREVISIBLE