Les oiseaux, dans le doux embrun
De l'éther rose et des ramées,
Sont légers comme des parfums
Et glissent comme des fumées;
On entend leurs limpides voix
Incruster de cris et de rires
Le ciel qui passe sur les bois
Comme un lent et pompeux navire.
—Mais je sais bien que vous mourrez,
Et que moi, si riche d'envie,
Je dormirai, le coeur serré,
Loin de la dure et sainte vie;
Toutes les musiques des airs,
Tous ces effluves qui s'enlacent
Fuiront le souterrain désert
Où le temps ne luit ni ne passe;
Et nous serons ce bois des morts,
Ces branches sèches et cassées
Pour qui les jours n'ont plus de sort,
Pour qui toute chose est cessée!
Et pourtant mon coeur éternel,
Et sa tendresse inépuisable,
Plus que l'Océan n'a de sel,
Plus que l'Egypte n'a de sable,
Contenait les mille rayons
De toutes les aubes futures…
—Être un jour ce mince haillon
Qui gît sous toute la Nature!
UN ABONDANT AMOUR…
Un abondant amour est pareil au silence,
Rien de lui ne s'échappe et ne s'ajoute à lui.
Il agit dans sa calme et splendide substance,
Plus vaste que l'espace et plus haut que la nuit.
Les siècles révolus et les saisons futures
L'élisent comme un lieu d'attente et de repos.
Il a tout absorbé de l'immense nature,
Au point d'être l'éther, les cimes et les eaux.