Hélas! tout est amour ou cendres; la nature
Par l'éternel retour et le long devenir
Ne peut qu'éterniser la puissante torture
Qui meut dans l'infini la mort et le désir.
Chaque humain, à son tour, servira de pâture…
Et l'âme, fourvoyée entre les grands instincts,
Répand sur leur fureur son anxiété rêveuse,
Et, toujours innocente épouse du Destin,
Accompagne en pleurant la bataille amoureuse.
—Hélas! âme héroïque, oubliez-vous encor
Que les parfums, les ciels, le verbe, les musiques
Sont ligués contre vous, et que les faibles corps
Sont la barque où périt votre grandeur tragique?
—Montez, âme orgueilleuse, élevez-vous toujours,
Allez, allez rêver sur les hauts promontoires
Où, triste comme vous, la muse de l'Histoire
Contemple,—par delà les siècles et les jours,
A travers les combats, les flots, les incendies,
Au-dessus des palais, des dômes et des tours
Où la Religion médite et psalmodie,—
La victoire sans fin du redoutable amour!…
LA CONSTANCE
Ce qu'il a commencé, le coeur doit le poursuivre,
Toute tendresse a droit à son éternité,
La nature est constante, et son désir de vivre
Endurant tous les maux, luit d'été en été.
L'Automne au pourpre éclat, si puissante et si digne,
Qui maintient la nature au moment qu'elle meurt,
Par son pressant effort défend qu'on se résigne
A goûter sans sursauts la paix lasse du coeur.
Nul n'aura plus que moi prolongé la douleur…